Élections présidentielles américaines : Bernie, et ensuite?

von | 05.03.2020

Le radicalisme du candidat Bernie Sanders suscite de grands espoirs. Ses adeptes risquent d’être déçu-e-s, à moins que…

(Wikimedia ; Lorie Shaull 2016 ; CC BY-SA 4.0)

« J’ai une information pour l’establishment républicain. J’en ai une pour l’establishment démocrate. Ils ne peuvent pas nous arrêter. » La petite phrase de Bernie Sanders à destination des élites du parti républicain, mais surtout des élites de son propre parti, résume parfaitement la posture du candidat de gauche pour la nomination à l’élection présidentielle : son mouvement est avec le peuple, contre la caste dirigeante.

Bien plus que son programme, c’est cette posture qui nourrit tous les espoirs. Sur le plan social, renverser la logique d’exploitation néolibérale et mettre en place une sécurité sociale à l’européenne, sur le plan environnemental, placer les États-Unis en tête de la lutte contre le changement climatique, sur le plan sociétal, satisfaire les revendications de l’ensemble des groupes défavorisés.

Éclipsé par la rhétorique de « Bernie le Radical », existe aussi le personnage de « Bernie le Pragmatique ».

L’élan pris avec les succès des premières élections primaires démocrates s’est révélé fragile mardi dernier. Lors du Super Tuesday, d’après les calculs les plus récents, sur les 1.338 délégué-e-s à attribuer dans 14 États, Bernie Sanders n’en obtiendrait que 529. Son concurrent, l’ex-vice-président Joe Biden, avec 617 délégué-e-s, est désormais en tête de course. L’establishment prend sa revanche, diront les adeptes de Sanders. Cela laisse pressentir l’énorme rancune qu’installerait au sein de la gauche radicale américaine une nomination de Biden. Mais même en étant nominé, le candidat démocrate devra remporter la confrontation avec le président sortant, Donald Trump. Si Sanders, incarnant le volontarisme progressiste américain, devait échouer face au populisme de droite du candidat républicain, cela précipiterait l’ensemble de la gauche étasunienne dans un grand désespoir.

Enfin, « Bernie le Radical », président des États-Unis, pourrait-il mener à bien sa « révolution » ? En considérant la capacité du parti républicain de bloquer ses décisions d’un côté, les réticences de l’establishment de son propre parti de l’autre, le doute est permis – c’est là-dessus qu’a buté, avant lui, le bien moins ambitieux Barack Obama. Et, s’il devait foncer tête baissée dans une confrontation avec le Congrès, il serait presque sûr d’échouer. La déception serait à la hauteur des espoirs suscités.

Ce n’est pas une fatalité. Éclipsé pour l’heure par une rhétorique destinée à mobiliser, existe aussi le personnage de « Bernie le Pragmatique », qui en tant que maire de Burlington, puis représentant et sénateur, a su nouer des alliances avec toutes sortes de partenaires de la société civile et de l’establishment politique. C’est en procédant de cette manière – et en s’appuyant bien plus sur les mouvements citoyens qu’Obama en son temps – qu’un président Sanders aurait sa chance de faire passer de grandes réformes. Notons que c’est une posture dans laquelle on verrait aussi l’autre candidate de gauche, Elizabeth Warren, qui n’a désormais plus de chance réaliste de remporter la primaire démocrate (UPDATE, voir en bas). Même un président centriste Joe Biden pourrait mener une telle politique, s’il reprenait une partie des revendications de Sanders et des sien-ne-s, plutôt que de les enterrer après les avoir vaincu-e-s.

C’est cela qu’il faut espérer pour cette Amérique déchirée par dix ans de folie droitière – le Tea Party, suivi du mandat Trump. Les discussions dans le pays sont hautement polarisées et la confiance dans la classe politique rongée par l’impression de déconnexion totale avec la vie réelle des gens. Quatre ans supplémentaires des errements de Trump – ou de la « continuité » promise par Biden – accéléreraient le mouvement de radicalisation. Une situation explosive, comparable à celle de 1929, quand la Grande Dépression ravageait les États-Unis.

Bernie Sanders – ou un-e autre président-e progressiste – sera-t-il ou elle capable de s’entourer de conseiller-ère-s à la fois téméraires et pragmatiques ? Cette équipe devra formuler des réponses nouvelles aux crises du pays et se donner les moyens de les implémenter. Avancer en soufflant le chaud et le froid sur les institutions, suivant l’exemple de Franklin Roosevelt dans les années 1930 – il n’en faudra pas moins pour sortir l’Amérique de son bourbier politico-social en cette année 2020.

UPDATE

6.3.2020 : Elizabeth Warren a déclaré jeudi qu’elle se retirait de la course à la nomination, après avoir obtenu des résultats décevants dans l’ensemble des primaires du Super Tuesday. Au contraire d’autres candidat-e-s déchu-e-s, elle n’a pas voulu apporter son soutien à l’un des deux candidats encore en lice… du moins pas dans l’immédiat.

 

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