DROIT D’ASILE: Une loi contre les suspects

von | 07.10.2005

Au nom de la lutte contre des dealers abusant du droit d’asile, le gouvernement est en train de brader les droits fondamentaux. Le Conseil d’Etat s’y oppose.

Au nom de la lutte contre des dealers abusant du droit d’asile, le gouvernement est en train de brader les droits fondamentaux. Le Conseil d’Etat s’y oppose.

La sĂ©curitĂ© est un des grands sujets de la campagne des municipales, notamment dans la ville de Luxembourg. La tranquilitĂ© du quartier de la Gare et du Parc municipal serait menacĂ©e par la prĂ©sence de dealers. Ceux-ci viendraient d’Afrique de l’Ouest et profiteraient du droit de sĂ©jour obtenu en dĂ©posant une demande d’asile. Les politicien-ne-s des grands partis rĂ©duisent ainsi le problème de la sĂ©curitĂ© Ă  celui de la drogue, puis Ă  celui de l’abus du droit d’asile. Enfin, ils tirent de leur chapeau une solution Ă  tous ces problèmes: la nouvelle loi d’asile.

Leur „optimisme“ ne se justifie guère que par les besoins de la campagne Ă©lectorale. En effet, la disparition, demain, des dealers Ă©trangers tant redoutĂ©s ne ferait pas baisser d’un gramme la demande sur le marchĂ© „intĂ©rieur“ de la drogue. La loi de l’offre et de la demande ferait juste monter les prix et attirerait de nouveux rĂ©seaux au Luxembourg. Cette rĂ©alitĂ©, dramatique pour les concernĂ©-e-s, n’a d’ailleurs rien d’alarmant en termes de sĂ©curitĂ© publique. MalgrĂ© une densitĂ© Ă©levĂ©e de junkies, Luxembourg reste la capitale la plus sĂ»re d’Europe.

Ce qui est alarmant, c’est que le projet de loi sur l’asile soit dĂ©sormais examinĂ© avant tout en fonction de son utilitĂ© dans la lutte contre les bandes de dealers abusant du droit d’asile. Certes, l’accĂ©lĂ©ration de la procĂ©dure est un objectif de longue date, partagĂ© par les ONG de soutien aux rĂ©fugiĂ©-e-s. Mais l’acharnement des partis de la majoritĂ© Ă  restreindre les possibilitĂ©s de recours juridiques s’explique sans doute par leur paranoĂŻ a devant les risques d’abus.

Sur ce point, les dĂ©putĂ©-e-s n’avaient pas hĂ©sitĂ© Ă  passer outre les mises en garde du Conseil d’Etat, garant des droits constitutionnels. Ces jours-ci, la Haute corporation a rendu un avis complĂ©mentaire, dans lequel elle confirme son opposition formelle aux dispositions restreignant les possibilitĂ©s de recours. Plus infamant encore pour la Chambre, le Conseil d’Etat renchĂ©rit avec une opposition formelle par rapport aux conditions de mise en dĂ©tention de demandeurs d’asile.

La pierre d’achoppement est la possibilitĂ© d’enfermer jusqu’Ă  douze mois des rĂ©fugiĂ©-e-s dans le centre de rĂ©tention spĂ©cial prĂ©vu Ă  l’aĂ©roport. Dans le texte initial du gouvernement, la durĂ©e maximale Ă©tait de trois mois, voire Ă©ventuellement de six mois en cas de problèmes avec les documents de voyage. DĂ©sormais, constate le Conseil d’Etat, il suffirait „qu’un demandeur de protection ne soit pas en mesure d’Ă©tablir ‚avec une certitude suffisante‘ son identitĂ© pour dĂ©clencher la rĂ©tention pendant douze mois“.

Or l’apparition de cette possibilitĂ© d’enfermer alĂ©atoirement des demandeurs d’asile n’est pas un simple accident de parcours lĂ©gislatif. En avril dĂ©jĂ , Nicolas Schmit, le ministre dĂ©lĂ©guĂ© Ă  l’Immigration, avait confiĂ© au LĂ«tzebuerger Land que les rĂ©fugiĂ©s-dealers Ă©taient particulièrement habiles: en ne transportant que de petites quantitĂ©s de drogues, ils Ă©chapaient Ă  la prison. VoilĂ  le problème qu’est censĂ© rĂ©soudre la nouvelle loi, selon Schmit: „Ces gens-lĂ , il faut les Ă©loigner de la rue, ils vont attendre la fin de leur procĂ©dure dans le centre de rĂ©tention.“

DĂ©jĂ , la première mouture du texte prĂ©voyait des dĂ©tentions de trois mois dans des circonstances assez communes, comme une demande introduite tardivement ou de fausses indications lors du premier entretien. DĂ©sormais, les partis de la majoritĂ© proposent une sorte de „lettre de cachet“, permettant Ă  l’Etat d’enfermer pendant un an des personnes „gĂŞnantes“ sans autre forme de procès. Heureusement que cette dĂ©rive vers une logique d’Etat policier est dĂ©noncĂ©e par le Conseil d’Etat. Peut-ĂŞtre qu’après les communales, le vent de folie sĂ©curitaire retombera. Le projet de loi d’asile gagnerait a ĂŞtre amendĂ©e, afin de respecter les libertĂ©s fondamentales et de se conformer Ă  sa première vocation: assurer la reconnaissance du droit d’asile.

Dat kéint Iech och interesséieren

FEMINISMUSKOMMENTAR

Antifeminismus: Empörung ohne Inhalt

Gérard Schockmel greift in einem Gastbeitrag den Feminismus mit frauenfeindlicher Rhetorik an. Der Fall zeigt, wie dringend weite Teile der Politik sich ernsthaft mit Antifeminismus auseinandersetzen müssen. Von einer „rücksichtslosen Ideologie“, einem „Diktat des Feminismus“ und der „Diskriminierung des Mannes“ schreibt Gérard Schockmel in...

KOMMENTARNEWSSOZIALES

Legalisierung von Pfefferspray: Gepfeffert

Pfefferspray ist in Luxemburg verboten. In einer Pressemitteilung fordern die Jonk Demokraten nun die Legalisierung der Waffe. Von Fehlannahmen und Feindbildern. „Die Sicherheit von Frauen wird in Luxemburg immer wieder als politische Priorität genannt. Dennoch fehlt es oft an praktischen Mitteln, die es Betroffenen ermöglichen, sich in akuten...

CITIZENFRÄI TRIBÜNKOMMENTAR

Reaktion zur Gesprächsrunde „Le Luxembourg: un état colonial?“

Die Gesprächsrunde „Le Luxembourg: un état colonial?“ des Nationalen Museums für Geschichte und Kunst (MNHA) hat trotz engagierten Teilnehmer*innen die Gelegenheit verpasst, einen produktiven und vielschichtigen Austausch über Luxemburgs Kolonialgeschichte zu ermöglichen. Stattdessen bot sie Fernand Kartheisers (ADR) diskriminierenden...