Bande dessinée : Holocauste pop

Neimënster expose depuis peu une série de dessins sur la Shoah. Des témoignages artistiques uniques, de l’après-guerre jusqu’à nos jours, y dépeignent l’indicible avec les traits du neuvième art.

Une image de « Maus », d’Art Spiegelman.

Il y a 75 ans, l’Armée rouge libérait le camp d’Auschwitz. L’humanité y découvrit l’inconcevable. Dans ce contexte, l’expo « Shoah et bande ­dessinée. Des planches pour la mémoire collective » aborde la réalité de la Shoah de façon inhabituelle, à travers un assemblage de comics américains, de BD franco-belges, de romans graphiques ou encore de mangas japonais.

Bien structurée et en trois langues (français, anglais et allemand), l’expo se divise en trois parties. La première évoque les témoignages directs des camps nazis, notamment ceux des victimes. D’emblée, le visiteur et la visiteuse seront attirés par quatre dessins de David Olère (survivant d’Auschwitz), qui à eux seuls résument la barbarie nazie : chambre à gaz pour les femmes, transports de cadavres par les prisonniers eux-mêmes, introductions de corps dans les fours crématoires. Tout y est crûment représenté, sans subterfuges quelconques. Sans doute ces dessins sont-ils les moins « pop », mais aussi peut-être les plus intenses avant d’entrer dans le vif du sujet de l’expo, c’est-à-dire la prise de conscience ou dénonciation tardive de la Shoah dans la sphère de la BD. L’expo donne ainsi une importance particulière à « Master Race », bande dessinée américaine d’Al Feldstein et Bernard Krigstein, parue en 1995. La publication est considérée comme une œuvre historique, car elle décrit pour la première fois de manière réaliste le processus de mort à la chaîne enclenché par les nazis envers les Juifs, théorisé par Hitler dès 1919 comme « Solution finale » (Endlösung).

La deuxième partie est un constat et en même temps une critique de la BD américaine et de ses superhéros, comme Superman ou encore Captain America. Hitler et le nazisme y sont certes évoqués, mais sur la Shoah, pas un mot. Cette même partie met en question également la compatibilité entre la Shoah et l’humour, et plus précisément la ligne entre le raisonnable et le mauvais goût. Une troisième partie se focalise sur la question des enfants juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, qui, à l’instar de leurs aînés, n’ont pas échappé aux actions ténébreuses des nazis. À ce jour, le témoignage le plus cinglant est bien sûr celui du « Journal d’Anne Frank », adapté en BD seulement en 2016.

Il faut souligner que la tuerie pratiquée par les nazis et l’existence des camps d’extermination n’a jamais été remise en question ni même oubliée dans le monde de la bande dessinée. Ce que les curateurs de l’expo pointent du doigt est le fait qu’une « Solution finale » mise en pratique pour les personnes juives a été longtemps omise et seulement évoquée à plus large échelle à partir des années 1970 dans le monde de la BD.

Globalement, nous sommes loin du véritable coup de poing dans l’estomac que fut à titre d’exemple le film « Saul fia » du Hongrois László Nemes. Néanmoins, il est intéressant de découvrir l’évolution du regard porté sur la Shoah dans le neuvième art. Pour certaines âmes souffrant de microcéphalie, qui remettent toujours en cause l’extermination des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale ou qui parlent de « simple détail de l’histoire », l’expo pourrait s’avérer une sorte de « Shoah pour les nuls ».

À Neimënster, jusqu’au 8 novembre.

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