Exposition collective: Do Not Go Gentle…


« Night Shift » du duo Fort est certainement à la pointe de l’art contemporain, car l’exposition joue avec les codes du « new materialism » – une approche certes froide, mais non dénuée d’aspects comico-poétiques.

(Photo : Eric Chenal)

Pour une entrée en matière, elle est plutôt réussie, la première pièce de l’exposition « Night Shift ». Pas annoncés dans le flyer, le sac de couchage rembourré et le sac en plastique rempli de bric-à-brac sis dans l’entrée du Casino laissent penser que le temple de l’art contemporain, généreux, aurait permis à un sans-abri de se réchauffer dans son entrée. L’œuvre est en tout cas tellement réaliste que même la police grand-ducale a tenté cette semaine de contrôler l’identité d’un éventuel locataire.

Le reste de l’exposition du duo Fort – composé des deux artistes allemandes Alberta Niemann et Jenny Kropp – n’est pas pourvu de cette même ironie anarchiste et mordante, mais fait plutôt dans l’humour plus subtil. Articulé autour de huit pièces, « Night Shift » déploie toute une série de métaphores et autres figures autour du concept de la nuit.

« Somebodies » montre un vestiaire avec deux manteaux. Rien de moins excitant que cela, certes. Mais en s’approchant, le visiteur peut constater que les deux pièces vestimentaires sont en mouvement – très léger, mais pourtant perceptible. Un peu comme si les manteaux venaient juste d’être accrochés, mais cela en permanence. Ce qui donne une impression de temps suspendu indéfiniment.

La pièce maîtresse de l’exposition est certainement l’installation « Open End » – qui montre une station-service nocturne et désertée. Ce n’est qu’au deuxième regard qu’on se rend compte qu’elle est aussi dénuée de sa fonction essentielle : il n’y a pas de pompes. Ici, les artistes jouent visiblement avec des codes visuels et nos habitudes. En même temps, une atmosphère carrément cinématographique est installée – et ce n’est pas la seule fois dans l’expo.

Plus vivante par contraste est l’installation « Night Rider » – qui consiste en des bornes de parking détournées. Dans le sens où elles ne guident personne, car elles sont elles-mêmes en mouvement aléatoire, ce qui fait qu’elles s’entrechoquent régulièrement. Ici, c’est la joie du détournement qui refait surface dans l’exposition. Une joie qui se retrouve aussi dans l’œuvre baptisée « Lonesome Raider » – qui n’est qu’un vieux distributeur de snacks dans lequel se retrouve une dernière barre chocolatée. Et pas n’importe laquelle : c’est un « Raider ». Pour celles et ceux qui ne s’en souviennent pas, c’était un nom de produit bien connu avant qu’il ne soit changé en « Twix », nom qu’elle porte encore de nos jours. Certes, c’est bien mis en scène, drôle et léger – mais ça ne dépasse pas non plus la blague potache.

Finalement, « Air Walk » – une lanterne à laquelle sont suspendues deux chaussures de skateurs – et « Trio » – consistant en un cornet de glace, une clope et un chewing-gum entamés – viennent compléter l’atmosphère mi-lugubre mi-légère de « Night Shift ».

Ne reste à mentionner que les deux travaux vidéo, dans la salle attenante au premier étage et à la cave – qui jouent sur les mêmes thèmes, mais avec la palette référentielle plus élargie que leur offre le média audiovisuel.

En somme, « Night Shift » a quelques bons côtés, mais manque un peu de profondeur et laisse pour cela le spectateur sur sa faim – on aurait tout simplement voulu en voir un peu plus.

Jusqu’au 9 avril au Casino – Forum d’art contemporain.

 


Kriteschen an onofhängege Journalismus kascht Geld - och online. Ënnerstëtzt eis! Kritischer und unabhängiger Journalismus kostet Geld - auch online. Unterstützt uns! Le journalisme critique et indépendant coûte de l’argent - en ligne également. Soutenez-nous !
Tagged . Bookmark the permalink.

Comments are closed.