L’UE et ses voitures contre le climat

Le Parlement européen vient d’adopter un objectif moyennement ambitieux pour les émissions CO2 des voitures du futur. Une avancée qui risque d’être anéantie par le Conseil Environnement de la semaine à venir.

La mobilité automobile dans l’impasse face à la menace climatique.
(Pixabay / RyanMcGuire / CC0)

Après la triche, le chantage. L’industrie automobile européenne, et notamment allemande, continue à tout faire pour éviter de passer à des moteurs plus économes. Sous la pression des lobbys, la Commission a édulcoré ses propositions en la matière. Seul le Parlement européen, a la suite du vote de mercredi dernier, maintient un objectif un tant soit peu ambitieux.

Quelle baisse des émissions de CO2 moyennes pour les voitures nouvellement immatriculées en 2030 ? 40 pour cent, proposent les député-e-s européen-ne-s, comme le rapporte la plateforme d’information Euractiv. La Commission européenne avait originellement proposé 30 pour cent seulement. Le Parlement a aussi dû réintroduire des pénalités pour les fabricants de voitures qui resteraient en dessous de l’objectif.

Parlement européen contre Conseil Environnement

Malgré le scandale autour des systèmes de triche pour respecter en apparence seulement les normes d’émissions européennes, les lobbys automobiles ne s’étaient pas gênés pour faire pression sur la Commission et lui faire abandonner la clause prévoyant ces pénalités. Ils ont également poussé les député-e-s du Parti populaire européen à proposer de « corriger » vers le haut les réductions en tenant compte du recours aux très controversés agrocarburants – mais le Parlement en a décidé autrement.

La prochaine manche va se jouer rapidement, alors que le Conseil des ministres de l’Environnement doit arrêter sa position le 9 octobre. (Il s’agit du même conseil qui discutera des objectifs généraux en matière de CO2 à l’horizon 2050 – mais probablement pas à l’horizon 2030, comme nous l’évoquions dans l’article online-woxx L’Europe des 40). D’après Euractiv, la présidence autrichienne de l’UE proposerait une réduction de 35 pour cent. Une position qui risquerait de tirer vers le bas l’objectif au cours des négociations en trilogue entre Commission, Parlement et États membres.

L’industrie automobile allemande et son lobby

C’est une fois de plus la grande coalition allemande qui freine des deux pieds l’élan européen. En face, les Pays-Bas, l’Irlande et le Danemark ont fait savoir qu’ils étaient favorables à un objectif compris entre 40 et 70 pour cent. Notons que seul un tel objectif plus ambitieux que celui du Parlement permettrait de contribuer à maintenir le réchauffement terrestre bien en dessous des deux degrés. Hélas, pour le CDU et le SPD, la menace de destructions massives d’emplois brandie par l’industrie automobile allemande semble peser plus lourd que l’urgence écologique.

Difficile de dire quelle sera l’issue du conseil de mercredi prochain et du trilogue. Concrètement, l’effet de la circulation automobile sur le climat pourrait changer de manière inattendue s’il y avait une transition massive vers la mobilité électrique ou la mobilité douce. Avec des effets bénéfiques aussi sur la qualité de l’air, et, dans le second cas, sur la sécurité routière et la santé publique. Autre scénario possible : l’industrie automobile invente des mécanismes tricheurs encore plus sophistiqués et parvient à saboter, à elle seule, tous les efforts pour sauver le climat.


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