Mésanges bleues : Ne se cachent pas pour mourir

Le « corona des mésanges » fait des ravages : des milliers d’oiseaux sont morts de pneumonie en Allemagne et au Luxembourg. L’ONG « natur & ëmwelt » donne des explications et des conseils.

Distance de sécurité respectée ? « natur & ëmwelt » estime qu’il vaut mieux arrêter de nourrir les oiseaux. (Flickr ; Kathy Büscher ; CC BY 2.0)

« Qu’avons-nous fait à la Terre-Mère pour qu’elle nous punisse ainsi ? » C’est la question que pourraient se poser les mésanges bleues. Elle ferait écho à l’affirmation avancée – comme métaphore par les un-e-s, comme rationalisation douteuse par les autres – selon laquelle l’épidémie de Covid-19 serait la vengeance de la nature face aux dégâts que nous lui avons causés. Les mésanges bleues pourraient se plaindre de leur sort ou même reprocher à l’humanité de ne pas faire comme les autres animaux, qui mènent leur existence avec la nature plutôt que contre elle. Or, les mésanges chantent, merveilleusement bien même, mais elles ne parlent pas.

Propagation fulgurante

Ce ne sont pas les seules différences avec nous. La maladie qui affecte les mésanges bleues n’est pas un virus, mais une bactérie. Et elles ne disposent pas de masques qui interrompraient – peut-être – la transmission, ni d’une autorité gouvernementale qui, tour à tour, en déconseillerait puis en imposerait l’usage. Quant à l’éruption du « corona des mésanges », elle semble encore plus récente que pour l’humanité : en Allemagne, les premiers cas d’oiseaux atteints d’une maladie apparemment nouvelle sont signalés le 11 mars, au Luxembourg à partir de fin mars. La Belgique est déjà touchée, la France devrait bientôt l’être aussi. Les conséquences pour la nature : nombreuses morts de mésanges bleues et raréfaction de l’espèce. Quant à ses fonctions écologiques, elles seront probablement reprises par d’autres oiseaux, estime l’ONG allemande Naturschutzbund (Nabu). Mais : « Pour nous, êtres humains, la disparition des mésanges bleues de nos jardins représenterait une grande perte. »

Début avril, le Nabu a appelé à lui signaler les cas de maladies et de morts suspectes et a entre-temps recueilli plus de 10.000 signalements. Au grand-duché, « natur & ëmwelt » a également rassemblé plus de 140 signalements. Dans un communiqué, l’ONG luxembourgeoise met en garde sur le fait que « tous les oiseaux malades ou morts signalés ne sont pas liés à ladite bactérie, certains d’entre eux ont pu être victimes d’autres maladies, de chats ou de vitres ou sont morts de causes naturelles ». Cependant, les observations relevaient souvent les symptômes causés par « Suttonella ornithocola », la bactérie identifiée en Allemagne comme cause du carnage : « Les oiseaux malades se recroquevillent généralement à un endroit, sont apathiques et ne montrent aucune peur sous forme de comportement de fuite (…). » « natur & ëmwelt » signale encore « un écoulement visqueux des yeux et du nez » ainsi qu’« une détresse respiratoire apparente ».

« Social distancing » pour les oiseaux aussi

La bactérie a été étudiée pour la première fois en 1996 en Grande-Bretagne et n’a jamais causé de grande épidémie avant 2020. Selon le Nabu, elle touche surtout les mésanges de petite taille et donc aussi les mésanges nonnettes, huppées, noires et boréales, moins présentes dans les jardins (en allemand : Sumpf-, Hauben-, Tannen- und Weidenmeisen). Avant l’identification de cette cause de surmortalité, d’autres avaient été envisagées, notamment l’effet de pesticides. Dans ce cas, ce soupçon n’est pas confirmé, du moins pas comme facteur principal de mortalité. Il reste qu’il y a eu des cas en Belgique où l’utilisation de pesticides contre les chenilles de pyrale du buis (papillon nocturne « Buchsbaumzünsler ») a probablement conduit à la mort d’oisillons de mésanges bleues.

Comme son partenaire allemand, « natur & ëmwelt » entend faire un suivi de l’évolution de l’épidémie. L’ONG demande donc que l’on signale les cas de mésanges bleues malades ou mortes (formulaire en allemand). La maladie se transmet évidemment surtout là où les oiseaux se réunissent, un peu comme l’épidémie causée par le coronavirus. « Comme pour nous, les humains, afin de juguler la contagion, le ‘social distancing’ est aussi préconisé pour les oiseaux », explique « natur & ëmwelt », qui recommande de vider et de ne plus approvisionner ni les mangeoires ni les points d’eau.

L’ONG rappelle que « les animaux morts ne doivent être manipulés que si nécessaire, et dans ce cas avec des gants ou un sachet retourné ». Certes, le « corona des mésanges » n’est pas transmissible aux animaux domestiques ni aux êtres humains, mais la mort peut avoir été causée par une autre maladie et les cadavres d’oiseaux sont en général porteurs de pathogènes. Même si on ne peut rien faire pour les oiseaux touchés par la maladie, « natur & ëmwelt » propose d’« aménager son jardin afin de créer des conditions favorables aux mésanges bleues survivantes et de leur donner la possibilité de compenser les pertes par des nichées prospères ». Pour cela, on peut s’inspirer de la brochure de l’ONG sur l’aménagement de haies et d’arbustes.


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