Migration : Point de non-retour

À travers le cas de l’agence Frontex, accusée de complicité dans des violations des droits fondamentaux, l’Europe prouve une nouvelle fois que ses valeurs ne sont pas universelles.

Extrait d’une vidéo promotionnelle de l’agence installée à Varsovie. (YouTube/Frontex)

Les accusations sont graves, même si elles ne surprennent guère. L’agence Frontex se serait rendue complice de graves violations des droits de l’homme commises par des gardes-frontières nationaux à l’encontre de migrants et de réfugiés. C’est du moins ce que prouvent des documents internes obtenus par un groupe de journalistes investigateurs, et ce sur demande auprès de l’agence elle-même. Dans certains cas, Frontex aurait elle-même agi contre les principes les plus élémentaires que l’UE promeut et dont elle se veut la garante.

Les faits relatés concernent la Bulgarie, la Grèce et la Hongrie. Interrogée sur cette enquête, Frontex a nié en bloc les accusations et exclu « toute implication de ses propres officiers dans des violations des droits fondamentaux ». Mais les documents obtenus indiquent autre chose : ils relatent comment, à plusieurs reprises, des gardes-frontières nationaux auraient fait un usage disproportionné de la force, en utilisant notamment sur des migrants et réfugiés des sprays au poivre, en les traquant avec des chiens, en abusant d’eux. Toutes ces affaires ont été classées sans suite. Ce n’est pas tout : Frontex a continué à coopérer avec ces pays. D’où l’accusation de complicité.

Dans son communiqué, Frontex se cache derrière l’argument que « si elle peut suspendre un agent déployé par Frontex dans le cadre de ses opérations, elle n’a pas autorité sur le comportement des polices aux frontières locales ». La Commission européenne pour sa part a fait savoir que « toute forme de violence ou de maltraitance envers des migrants et des réfugiés est inacceptable » et qu’elle allait prendre au sérieux ces « allégations ».

L’obscénité ordinaire

Or ce n’est pas la première fois que Frontex est accusée de maltraitances. Et que l’UE est prise en flagrant délit de regarder ailleurs quand des migrants sont maltraités ou meurent à ses frontières. Cette impression est confirmée encore par l’annonce récente de Frontex sur l’utilisation de drones pour survoler et regarder les migrants en train de mourir en mer. Après tout, l’obligation légale de sauver des navires en détresse ne s’applique pas aux engins volants, comme le résume le « Guardian ». Des déclarations, comme celle récemment de la présidente croate Grabar-Kitarovic, comme quoi « un peu de force est nécessaire pour repousser » les migrants à la frontière bosniaque, donnent encore plus l’image d’une Europe hypocrite d’une part et en divorce ouvert avec des impératifs moraux de base.

Pendant ce temps-là, Frontex recrute : 10.000 officiers jusqu’en 2024 (!), tandis que sur YouTube, des employés de l’agence installée à Varsovie vantent la capitale polonaise : « a vibrant city », avec ses « really nice restaurants », son aspect « very multicultural » qui vous permet de « meet people from all over the world ». Sans oublier l’environnement de travail particulièrement attrayant pour les stagiaires qui sont « really treated as collegue[s] ». À aucun moment il n’est question de migrants ou de valeurs défendues. Au lieu de cela, l’obscénité ordinaire, en coulisses de la gestion de la pire expérience humaine en ce début de siècle.


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