Nicolas Mathieu : Leurs enfants après eux

von | 14.09.2018

La jeunesse en Lorraine dans les années 1990 : entre désœuvrement et désindustrialisation, Nicolas Mathieu raconte avec beaucoup de finesse et d’empathie les destins croisés des habitant-e-s d’une vallée perdue, totalement dans l’Est.

Quand on met ensemble les deux notions de « roman français » et « région », on pense plutôt aux côtes bretonnes, à la douceur provençale ou encore à la chaleur méditerranéenne – mais pas forcément à la Lorraine. Et pourtant, avec « Leurs enfants après eux », Nicolas Mathieu réussit le tour de force d’écrire une ode au Rust Belt français. Et cela sans s’apitoyer sur le sort de ses personnages et sans taper sur le système nerveux du lecteur avec la nostalgie du bon temps de l’industrie.

« Leurs enfants après eux », c’est avant tout le récit de plusieurs jeunesses : celle d’Anthony, issu de la classe ouvrière, avec son père alcoolique et sa mère sous Xanax, celle de Steph aussi, qui profite de ses origines bourgeoises pour quitter la vallée damnée, et puis aussi celle de Hacine, le petit rebeu qui vit avec sa communauté dans des tours presque désaffectées, survivant grâce au shit qui vient de son Rif natal. Au cours des quatre étés que décrit Mathieu (1992, 1994, 1996 et 1998), ces personnages vont se croiser, se battre, grandir et perdre une bonne partie de leurs illusions – pour finalement s’accommoder de leurs sorts. 

Le décor, une vallée et un bled où l’industrie a laissé un énorme vide après son départ, est changeant. À travers son texte, Mathieu donne aussi à voir les renversements sociologiques de cette transition : les forces de gauche se réduisent comme peau de chagrin et les technocrates s’emparent du pouvoir, faisant miroiter à la population des promesses de reprise économique (toujours à crédit). Et puis il y a aussi le petit voisin attrayant, le Luxembourg, dont le développement rapide vide la région de ses habitant-e-s et de sa substance.

L’exploit de Mathieu est de rendre palpable cette situation complexe. Et de montrer que même des événements qui peuvent paraître paradoxaux prennent tout leur sens. Comme quand lors de l’enterrement d’un ex-syndicaliste devenu adhérent du Front national, les anciens ouvriers arabes du coin viennent naturellement.

Roman social mêlé à une prise de roman noir, « Leurs enfants après eux » se lit presque d’une traite – le style est fluide, les personnages décrits avec empathie et les retournements narratifs donnent une agréable tension. Bref, même si on n’aime pas la Lorraine et les mirabelles, un roman à lire absolument.

Dat kéint Iech och interesséieren

PODCAST

Am Bistro mat der woxx #383 – Wéi Russland vum Irankrich profitéiert

All Woch bitt d’woxx Iech an hirem Podcast en Abléck an hir journalistesch Aarbecht. Russland war virum Irankrich wirtschaftlech ënner Drock: niddreg Uelegpräisser, ee Wuelfaartsfong, deen ëmmer méi kleng ginn ass a strukturell Problemer duerch d'Krichswirtschaft. Mee zënter den Ugrëffer vun den USA an Israel op den Iran an der Eskalatioun vun...

KULTURTIPP

Buchtipp: Es ist hell und draußen dreht sich die Welt

Wenn man den Klappentext von Dita Zipfels „Es ist hell und draußen dreht sich die Welt“ liest, erwartet man einen Roman über Kinderwünsche und Urlaub unter Freund*innen. Doch die Geschichte um Felix und Matze, die seit der Schulzeit befreundet sind, und ihre Partnerinnen Eva und Linn entpuppt sich als vielschichtiger und komplexer.

PODCAST

Am Bistro mat der woxx #382 – Kënschtlech Intelligenz: Falsche Frënd

All Woch bitt d’woxx Iech an hirem Podcast en Abléck an hir journalistesch Aarbecht. Vill Jonker benotze kënschtlech Intelligenz net nëmme fir d'Schoul oder Informatiounen, mee och als Gespréichspartner – heiansdo souguer als Ersatz fir Frëndschaften. Mat der Campagne „AI ≠ Human“ wëll d’Regierung Jugendlecher dozou bréngen, kritesch mat...

KULTURTIPP

Comic-Tipp: Wald ohne Bäume

Der 25. April ist der internationale „Tag des Waldes“ – ideal also, um sich näher mit jenen Lebensräumen zu beschäftigen, die rund ein Drittel der Erdoberfläche bedecken. Mit „Wald ohne Bäume“ präsentiert Zeichnerin Hanna Harms einen Sachcomic, der so poetisch ist, dass er auch als Lyrikband durchgehen könnte.