Afghanistan : La guerre, c’est si loin

Weekend paisible à Luxembourg – weekend pacifiste dans les autres villes européennes. Normal qu’il n’y ait pas de manifs chez nous: il n’y a pas non plus de mouvement pour la paix.

Ce weekend, des manifestations contre la guerre en Afghanistan ont eu lieu dans toute l’Europe. Dans toute l’Europe, sauf au Luxembourg. Depuis que les Etats-Unis ont lancé leur riposte militaire à l’acte terroriste du 11 septembre, les partis politiques de la gauche se sont positionnées de façon plus ou moins précise quant à cette façon d’agir. Mais mis à part le piquet de protestation organisé par „Déi Lénk“, il n’y a eu aucune réaction pacifiste à proprement parler.

Et c’est bien significatif. Déjà lors de la guerre du Golfe, début des années 90, le nombre des gens qui manifestaient pour la paix ne suffisait pas à remplir la place d’Armes. Et lors de la guerre du Kosovo, les participant-e-s ne se serraient pas sur la place Clairfontaine.

Premier constat à faire: depuis la fin des années 80, il n’y a plus de mouvement pacifiste au Luxembourg. Et même avant, le „Friddenskomitee“ et l'“Aktioun fir de Fridden“ étaient trop proche du parti communiste voire du parti socialiste pour pouvoir mener une action crédible et marquante. Ce n’était que dans des cas ponctuels, lorsque ONGs et partis politiques réussissaient à se mettre d’accord autour d’une plate-forme commune, qu’une mobilisation plus large était possible. Avec la disparition du bloc communiste en Europe de l’Est, et en conséquence la fin de la guerre froide, les groupements pacifistes se sont définitivement volatilisés.

Personne n’a su prendre la relève jusqu’ici. Pas des partis qui par nature poursuivent leurs propres intérêts politiques et ne peuvent jouer le rôle de rassembleur. Pas non plus des syndicats qui semblent préférer ne plus se mêler dans des débats aussi politiques. Pas non plus des ONGs qui pour la plupart du temps sont surchargés par d’autres tâches.

Deuxième constat: les formes de manifestation utilisées par les groupes pacifistes sont devenues anachroniques. Les guerres du Golfe et du Kosovo avaient déjà montré combien il est difficile de prendre aujourd’hui une position claire par rapport à des conflits militaires de plus en plus complexes. Il faut donc ou bien opter pour la diversité – et accepter, comme en Italie, que les pacifistes pur et durs ce joignent dans une même marche avec des personnes plus ou moins sceptiques d’une intervention militaire américaine en Afghanistan – ou bien renoncer à des rassemblements impressionnants par le nombre de leurs participant-e-s. En plus, le concept politique de la manifestation n’est plus à la mode – comme l’estimait un commentateur allemand qui qualifia les manifestations de Berlin et de Stuttgart, de „nécessaires, mais ennuyeuses“.

Alors, en lisant au „tageblatt“ l’article revendiquant une renaissance du mouvement pacifiste au Luxembourg, signé par un ancien du „Letzebuerger Friddenskomitee“, peut-on reprendre espoir? Même si l’auteur reconnaî t qu’il faut un autre mouvement que celui d’il y a vingt ans, on voit mal comment une telle structure pourrait se développer dans le contexte politique actuel au Luxembourg, où l’engagement politique, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des partis, fait cruellement défaut. Dans ce sens, l’accroissement annoncé de la population dans les prochaines décennies donne au moins l’espoir que ce qu’on nomme société civile va connaî tre enfin son éclosion à Luxembourg.


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