CINEMA: Les papys font de la résistance

Retour de Bertrand Blier sur la grande toile après l’échec cuisant de „Les Acteurs“ et un passage remarqué et remarquable sur les planches avec „Les Côtelettes“. Mais qui dit succès au théâtre, ne dit pas nécessairement succès sur les écrans.

Un soir, un vieil homme qui dîne tranquillement avec son fils et sa maîtresse voit débouler chez lui un individu encore plus âgé que lui. „Je suis venu pour vous faire chier“, lui déclare celui-ci. Bienvenue dans le monde de Bertrand Blier, où il nous invite à la réflexion sur certaines auto-citations du style: – Ça vous fait quoi d’avoir 70 ans? – Rien, si ce n’est que maintenant je regarde les menuisiers avec moins de complaisance.

„Les Côtelettes“, c’est aussi une rencontre-choc entre deux septuagénaires à la mentalité différente, leur amour ponctué de fantasmes envers la nouvelle femme de ménage et la mort. C’est aussi une interprétation magistrale de Michel Bouquet et de Philippe Noiret, qui auraient amplement mérité le prix d’interprétation au dernier Festival de Cannes, accueillant Michel Bouquet pour la première fois sur son célèbre tapis rouge.

Comme pour tous les films de Bertrand Blier, l’entrée en matière est spectaculaire, grandiloquente, les dialogues-maison sont très crus et même carrément vulgaires, comme: – Vous connaissez la différence entre un mec de gauche qui va chier et un mec de droite? – Non. – Celui de gauche nettoie toujours la cuvette, tandis que celui de droite part du principe qu’il y aura quelqu’un derrière lui qui le fera.

Vulgaire tout cela n’est-il pas? Et pourtant … Dès le départ, Bertrand Blier annonce la couleur. Seulement, au bout de trente minutes, le scénario subit une nette baisse de régime et tombe dans la caricature: tous les Maghrébins sont violents et l’homosexualité est un tabou. Pour finir, l’oeuvre de Blier retombe comme un soufflé.

Le film est également difficile à digérer au niveau de la mise en scène et de l’originalité des plans qui sont, dans ce genre de long métrage, en grande partie des plans fixes. Cela, Bertrand Blier le sait. Alors, pour éviter d’ennuyer le spectateur, il change régulièrement de décors tandis que les protagonistes sont en pleine discussion et qu’ils continuent à discuter comme si de rien était. Un procédé original mais, au début, celui-ci prend plutôt le spectateur à contre-pied.

Comme quoi, Bertrand Blier parvient toujours à dérouter son public, que ce soit au niveau des dialogues, des scènes, de l’histoire ou dans la mise en scène. Si „Les Côtelettes“ ne rejoindra pas la liste à succès du réalisateur français, ce n’est pas pour cela qu’il faudra ignorer la performance des acteurs et les dialogues qui, une fois de plus, font bien souvent mouche.

Si la mort faisait déjà partie intégrante de „Buffet froid“, c’est pourtant vers „Les Valseuses“ que l’on a tendance à se retourner, à la différence que ce ne sont plus de jeunes héros mais de „vieux galopins“, comme les caractérise Bertrand Blier. Pourtant, lors de la conférence de presse au dernier Festival de Cannes, Michel Bouquet s’est défendu de cette comparaison. Tandis que Bertrand Blier n’y voit qu’un point commun: „On peut dans ce cas parler de mes autres longs métrages car il y a une obsession de la femme perdue pour telle ou telle raison, et un homme se met à rêver qu’il va faire son bonheur, qu’il deviendra un héros en la rendant heureuse. C’est une chose qui revient dans quasiment tous mes films. Je ne sais pas pourquoi, peut-être que cela vient de ma mère.“

Largué par la nouvelle génération

Moins grinçant, caustique et révolutionnaire que ses premiers longs métrages, „Les Côtelettes“ est, en définitive, l’oeuvre d’un homme d’âge mûr, qui peut encore piquer les yeux dans certains cas sans pour autant appeler à la révolution. Tout cela représente pour Bertrand Blier une époque révolue où il paraissait être en avance sur son temps. Aujourd’hui, avec „Les Côtelettes“, il semble s’être fait larguer par une nouvelle génération qui va plus loin dans la provocation et qui, petit à petit, pousse Bertrand Blier vers une pré-retraite, certainement prématurée, car il est difficile de croire que cet auteur n’a plus rien d’important, ni de provocant à dire. „Les Côtelettes“ doit certainement être une sorte de petit passage à vide.


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