DROGUES: Pas de sortie en vue

Le rapport annuel de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) démontre l’impact de la mondialisation sur ce marché, mais ne propose rien de nouveau.

Mauvaise nouvelle pour les brigades des stup: les prix de la drogue sont en pleine baisse. Pour l’héroï ne afghane, le rapport de l’OEDT préconise même que l’offre sera bientôt supérieure à la demande, vu le surplus de production de ce pays en proie à la guerre civile. Ce qui, craignent les rapporteurs, remettra l’héroïne à la mode pour les plus jeunes, alors qu’elle était considérée comme démodée. Mais la hausse importante des saisies, qui ne se rabat pas pour l’instant, sur les taux de consommation constatés, laisse présager un retour en force de l’héroïne.

La poudre blanche est elle aussi toujours en train de monter en flèche. Principalement importée d’Amérique du sud, la cocaïne doit sa popularité surtout à cette baisse des prix qui l’a rendue accessible à des couches sociales qui n’auraient jamais pu y accéder il y encore une dizaine d’années. Et l’Europe commence à s’y faire: de plus en plus de demandes de traitement pour toxicomanie sont dues à la cocaï ne. Les mêmes tendances valent pour le cannabis, les amphétamines et l’ecstasy: tout comme les prix, l’âge des consommateurs est en chute.

Ces chiffres montrent clairement que les stratégies de répression à un niveau national ou européen ne résolvent en rien les problèmes liés à la drogue. Les saisies record par les polices européennes ces dernières années, qui sont en constante hausse, n’ont aucun impact sur les statistiques de consommation. Mis à part le nombre d’overdoses létales qui est en baisse – mais cela est plutôt à mettre sur le compte de meilleurs programmes de prise en charge des malades de la drogue – la politique anti-drogue européenne, est sans défense contre les tendances internationales. La tragédie de ce constat est que ces mêmes pays renforcent ces tendances en laissant les lois du marché régler le commerce. Car, comment expliquer à un fermier afghan que la production d’opium est mauvaise, quand elle est pour lui le seul moyen d’accéder à une vie meilleure? Un marché est un marché, même pour la drogue et toutes les lois du monde n’y changeront rien tant que le problème de la pauvreté n’est pas envisagé de façon sérieuse.

Un des rares points positifs de ce rapport est que la thématique des genres est enfin prise en compte dans le cadre d’un traitement plus correct des problèmes liés à la drogue. En effet, le rapport note une „sensibilisation accrue aux besoins des femmes toxicomanes“. Il en était grand temps. Car même si „seulement“ 20 pour cent des personnes en traitement sont des femmes, celles-ci sont souvent encore prises en charge par des services génériques. En plus, il est démontré que la volonté à ne pas chercher de l’aide est plus forte chez les femmes qui ont peur de manquer à leurs devoirs maternels. La question de structures d’accueil spécifiques pour femmes toxicomanes avec enfants pourrait être envisagée sérieusement.

Mais ce qui reste introuvable dans ce rapport, ce sont des chiffres concrets sur des programmes qui proposent des alternatives à la répression étatique de la drogue. Pas un mot sur les impacts de la légalisation de la résine de cannabis au Pays Bas, par exemple. Et aucune présentation d’alternative crédible au régime actuel. Seule idée dans la conclusion du rapport: „Améliorer la surveillance de l’usage problématique de drogue et de la polyconsommation de drogues“. Reste à espérer que cette surveillance accrue ne servira pas seulement à une répression accrue, mais aussi à une prise en compte plus honnête, plus réaliste et plus efficace des problèmes de drogue. Qui, en fin de compte, sont un problème de société.


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