TIMO VUORENSOLA: See you in Walhalla

« Iron Sky » est bien plus qu’une comédie déjantée sur des nazis lunaires. Au passage, le film dénonce habilement notre prédilection pour les théories du complot et s’attaque à la politique internationale bien réelle.

Pas toujours facile d’être le Führer lunaire.

En 1945, le troisième Reich est défait, l’Allemagne dénazifiée et les croix gammées sont rangées pour toujours sur les étalages des musées. C’est du moins ce que le monde croit. Car en réalité, une partie de l’élite hitlérienne a pu s’échapper, d’abord sur une base secrète en Antarctique, puis – à l’aide de soucoupes volantes en pur Kruppstahl – gagner la lune, ou plutôt la face cachée de celle-ci. Avec les années, les bons aryens ont construit une base lunaire de grande envergure, où ils élèvent une race pure et dure et préparent leur retour sur terre, qui se fera avec un fracas : leur plan est évidemment de prendre le contrôle de la planète. Pour cela, ils construisent depuis quarante ans une arme secrète, baptisée « Götterdämmerung », la machine de guerre la plus efficace, monstrueuse et brutale qui ait jamais existé.

Dans ce quatrième Reich vivent entre autres Renate et Klaus. Elle est la fille du scientifique fou en charge de la construction de l’arme ultime, lui un jeune officier SS qui rêve de devenir Führer à la place du Führer. Car, bien sûr, même expatriés sur la lune, les nazis ont besoin de leadership et disposent d’un Führer lunaire, qui répond au nom de Kortzfleisch. Pour l’anecdote : le général Joachim Otto August Achatius Kortzfleisch a vraiment été un dignitaire sous Hitler, un de ceux qui ont contribué à déjouer l’attentat visant le dictateur. En même temps, sur terre, on écrit l’an 2028 et le monde tel qu’on le connaît n’a pas vraiment changé. L’Amérique dispose désormais d’une présidente, qui ressemble étrangement à Sarah Palin, tant par le physique que par la stupidité. Et vu que les élections avancent à grand pas aux States, et qu’elle veut se faire réélire, elle décide de réactiver le programme spatial et envoie – pour le show – un Noir sur la lune, sous le motif « B(l)ack to the Moon – Yes she can ! ». Mais alors que la mission semble réussir et que les Américains replantent leur drapeau sur la surface lunaire, ils sont surpris par les nazis qui pensent que l’Amérique veut les attaquer et déclenchent donc leur plan d’invasion. Ils prennent en otage James Washington, l’astronaute noir, pour en savoir plus sur l’état du monde qu’ils ont quittés il y a plus de 60 ans et l’imbroglio commence.

Dans un certain sens, « Iron Sky » n’est pas vraiment un film normal. Le genre des séries B a encore des difficultés à percer les écrans européens, alors qu’il est une grande constante de la contre-culture américaine et sert habilement à dénoncer l’état du monde et de la société – il suffit pour cela de penser aux films de Tarantino ou de Rodriguez comme « Machete ». Et puis, la bande-annonce du film hantait la toile depuis des années, appelant les fans à faire des dons pour que le film puisse être réalisé. Ce qui est en fait une gigantesque oeuvre collective, puisqu’en même temps, la communauté du web a été priée de communiquer ses idées pour le scénario. Un fait qui explique aussi en partie pourquoi le film est presque impossible à raconter, tellement le scénario part dans tous les sens. Mais ce qui compte, c’est qu’à la fin on voit qu’on avait même pas besoin de nazis extra-terrestres pour détruire définitivement notre planète et l’humanité.

Au CinéBelval et à l’Ariston.


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