JOE WRIGHT: L’éternelle Anna K.

Adapter « Anna Karénine » de Léon Tolstoï pour le grand écran n’est pas une originalité en soi. Pourtant, la version de Joe Wright développe une esthétique à la fois incongrue et merveilleuse.

Bal tragique à Moscou.

L’histoire est connue : en 1874, Anna Karénine, la jeune femme du ministre, le comte Karénine, s’ennuie ferme. Même si elle évolue dans les plus hautes sphères de la société impériale et que sa vie n’est que luxe, calme et volupté – à l’exception de quelques bals qui ne semblent pas être son passe-temps préféré -, elle a l’impression de rater sa vie, surtout à cause de son mari bureaucrate et rigide. Une impression qui sera encore renforcée lorsqu’elle devra se rendre à Moscou pour essayer de sauver le mariage de son frère Stiva, un coureur de jupons invétéré qui en fait voir des vertes et des pas mûres à sa femme. A l’occasion, elle se rend à un bal pour rendre service à sa petite soeur Katérina, qui doit y rencontrer son prétendant, le jeune et fougueux comte Vronski. Ce dernier n’est d’ailleurs pas le seul à faire la cour à la belle jeune femme. Constantin Levine, le meilleur ami d’enfance de Stiva, un propriétaire terrien maladivement timide et un brin naïf, est lui aussi éperdument amoureux d’elle. Pourtant, lors du bal, l’impossible arrive et Anna Karénina s’éprend du comte Vronski. Les deux commencent une aventure qui ne va pas tarder à éclater publiquement, provoquant le scandale dans les rangs de l’aristocratie russe.

C’est l’enclenchement d’une machine infernale : au 19e siècle, le divorce, a fortiori dans l’élite aristocratique, n’est pas très bien vu, et c’est surtout le mari d’Anna Karénine qui, au début, s’y refuse. Après une série d’imbroglios, l’histoire d’Anna et du comte Vronski s’approche inéluctablement de la fin tragique que connaissent celles et ceux qui ont lu le roman ou du moins en ont vu une des adaptations précédentes. Les seuls à bien s’en tirer sont Kitty et Constantin, qui trouvent la paix dans la vie simple à la campagne tant louée et immortalisée par Tolstoï.

En premier lieu, il s’agit de saluer le courage de Joe Wright, qui s’est déjà illustré dans l’adaptation de la « grande » littérature avec « Pride and Prejudice » en 2005 – avec la même actrice principale, Keira Knightley – d’avoir osé refaire une adaptation de ce roman de Tolstoï, vu qu’il y en a déjà pas moins de six, la dernière datant de 1997 avec Sophie Marceau. Il faut vraiment avoir une certaine audace pour proposer une nouvelle lecture de ce classique, mais il y réussit en recourant à certains moyens peu orthodoxes, comme par exemple le théâtre. Ainsi, les scènes qui se passent à Petersbourg ou à Moscou, est jouée sur et derrière la scène d’un théâtre, et les acteurs adaptent en même temps leur jeu à cet univers. Mais Wright n’est certainement pas un puriste comme Lars von Trier, qui avait imposé un nouveau style mêlant théâtre et cinéma avec « Dogville » et « Manderlay ». Au contraire, il n’utilise cette technique que pour mieux rendre les intentions de Tolstoï et pour idéaliser la vie rurale, car les parties du film qui se jouent à la campagne ne sont pas théâtralisées. Ainsi, sa version d’« Anna Karénine » profite d’un rythme soutenu dans les épisodes citadins et de très belles images des milieux ruraux. De toute façon, c’est loin d’être son seul atout. Pendant tout le film, les mouvements de caméra, les effets sonores et même les effets spéciaux ne sont qu’au service de la vie intérieure des personnages, rendant le film vraiment extraordinaire.

En d’autres termes, même si vous connaissez la fin, allez voir « Anna Karénine », l’aventure cinématographique en vaut le coup.

Aux cinémas Utopolis, Ciné Belval, Sura, Scala, Starlight, Orion, Le Paris et Cinémaacher.


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