EXPO COMMUNE: Et le monde créa Dieu

« Nom de Dieu et Machin-truc », exposition commune de Jean-Luc Koenig et Mr Pilo à la galerie Espace Paragon, porte un regard subversif sur des sujets aussi divers que dérangeants. Entre l’Eglise catholique et le Mudam, tout le monde reçoit sa dose.

La couronne d’épines de Klara Wupp selon Jean-Luc Koenig.

C’est à la soeur Anna Moes, populairement appelée Klara Wupp, que le photographe Jean-Luc Koenig dédie en grande partie son exposition. Soeur Klara, née en 1832 et morte en 1895, prieure de l’ordre des dominicains au Limpertsberg, était hantée par des visions. Dès sa jeunesse, elle affirmait avoir reçu les stigmates, les traces des plaies infligées au Christ lors de sa crucifixion. Le couvent des dominicaines, situé dans la rue de l’Avenir au Limpertsberg et fondé par Klara Wupp, a été démoli en 2010. C’est dans les jours précédant sa démolition que Jean-Luc Koenig a investi les lieux avec son appareil. Cet « édifice plus que centenaire, lieu de mémoire? siège d’évènements miraculeux autant que de rumeurs folles et d’interrogations irréligieuses » offre à l’artiste la possibilité de retracer le calvaire d’une femme possédée par ses visions. Des figurines religieuses, le cadavre d’un rat, un crucifix couvert de poussière ou encore une couronne d’épines donnent une impression de ce que Klara Wupp a pu vivre.

Toujours sur le sujet de la religion, la deuxième partie de l’exposition de Koenig est une installation qui rappelle un autel. Devant l’autel, des chaises d’église avec, au lieu d’une Bible, un téléphone portable. Derrière, une image du Christ, smartphone à la main ; des cartes postales avec la même image et une prière au téléphone portable. On peut comprendre une critique à la fois des dogmes religieux et de la société de communication dans laquelle nous vivons où, selon l’artiste, le smartphone a d’une certaine manière remplacé le livre saint.

Mr Pilo, de son côté, reste en partie dans la critique de la religion, surtout de la religion catholique, mais a une approche décidément dadaïste. Le diable qui s’est suicidé, un globe accompagné de l’inscription « Et le monde créa Dieu » ou encore une image du Christ crucifié se faisant dévorer par un apôtre ayant pris trop au sérieux la phrase « celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ». L’artiste, autoproclamé « artiste sans but lucratif », fait ce qu’il appelle de l’« Artnaque ». Jeux de mots subtils et moqueries moins subtiles combinés, rien n’est à l’abri de son humour quelquefois proche du cynisme. Ainsi, la monarchie luxembourgeoise comme le Vatican, Joseph Kutter comme Pablo Picasso, le Mudam comme François Mitterrand sont taquinés. Pilo, par exemple, expose la reproduction d’une affiche énorme que le Musée d’art moderne avait fait accrocher sur la façade d’une grande banque. L’artiste, à la manière d’un Banksy, a fait de l’inscription « Mudam loves you » « Muhdam loves your money ». Selon lui, les responsables de la banque n’auraient remarqué la modification et enlevé l’affiche qu’après trois jours.

L’exposition commune « Nom de Dieu et Machin-truc » est surprenante et exceptionnelle. Des sujets qui dérangent sont abordés de façon subversive et drôle à la fois, rien n’est à l’abri du regard critique des deux artistes. À ne rater en aucun cas.

Encore jusqu’au 28 février à l’Espace Paragon.


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