POL CRUCHTEN: Un calvaire luxembourgeois

« Never Die Young » raconte l’histoire d’amour entre un jeune Luxembourgeois et la drogue. Un amour ravageur.

Une histoire d’amour sans issue, celle entre Guido et la drogue… « Never Die Young » de Pol Cruchten.

Guido est un « Minettsdapp ». Né à Pétange, il grandit dans une des maisons ouvrières typiques de la région. Alors qu’il fait connaissance avec le monde de la drogue, du cannabis pour être précis, très tôt, ses parents l’envoient au pensionnat d’Arlon à l’âge de douze ans. Souffrant de l’enfermement et du régime autoritaire de l’internat, la drogue se présente à lui comme une échappatoire. Il prend ses premières doses d’héroïne. Très vite, il finit à Dreiborn, au « Centre socio-éducatif de l’Etat », ce qui ne l’empêchera pas de se procurer de la « came » toujours plus régulièrement. Grâce aux contacts noués à Arlon puis à Dreiborn, il se lance dans la criminalité et la vente de stupéfiants, ce qui lui vaudra quelques courts séjours en prison. Désormais obligé de vendre de la drogue afin d’assouvir ses propres besoins en héro, il se fait arrêter de nouveau, et il sait que cette fois ça sera pour de bon. Après un interrogatoire au commissariat de police, il tente de s’échapper et se jette d’un mur de huit mètres de haut. Miraculeusement, Guido ne trouve pas la mort – mais reste paralysé à vie.

« Never Die Young » est le cinquième long métrage du luxembourgeois Pol Cruchten, réalisateur de films tels que « Hochzäitsnuecht » ou « Perl oder Pica ». Il a été sélectionné pour représenter le Luxembourg à la 87e édition des Academy Awards – les Oscars – dans la catégorie « Best Foreign Language Film ».

« Loin des codes de narration traditionnels », comme le qualifie son réalisateur, « Never Die Young » se situe quelque part entre documentaire et essai cinématographique. Pas de dialogues, des acteurs portant des masques tout le long du film, des plans fixes sans beaucoup de mouvement, une voix off omniprésente – Pol Cruchten utilise des formes pour le moins particulières. L’image est extrêmement bien travaillée, d’une beauté plastique et d’un réalisme poétique extraordinaires – « Je voulais me concentrer sur le cadre, la force du plan », dit le réalisateur dans une interview.

Le Luxembourg est dépeint sous toutes ses facettes. Que ce soient ces colonies de maisons mitoyennes si caractéristiques de Pétange, les trains de la CFL qu’on ne saurait confondre ou l’ancien palais de justice de la ville de Luxembourg, le spectateur luxembourgeois retrouvera bon nombre d’endroits familiers. Le conformisme, l’étroitesse d’esprit et l’obéissance à l’autorité, traits de caractère si typiques pour le Luxembourg eux aussi, sont présents à travers le film et le parcours du jeune homme dont le calvaire est retracé. Calvaire qui représente une critique sociale en soi : parents dépassés, entourage nuisible, autorités tyranniques, tout ça. « Lorsqu’on naît dans le sud du pays au Luxembourg, on n’y échappe pas » (à la drogue), constate Pol Cruchten. Le milieu et les effets de la drogue sont d’ailleurs très bien décrits.

Si le film est hyperréaliste par moments, ce n’est pas par hasard : « Never Die Young » est l’histoire du cousin de Cruchten, Guido. A travers les images et l’histoire racontée par la voix off (Robinson Stévenin), on se rend compte du désir du réalisateur de rendre hommage à quelqu’un qui lui était proche. Un désir parfois trop présent qui quelquefois ferait presque basculer le tout dans le kitsch. Ainsi, quand, à la fin du film, la drogue prend la parole, cela confère une allure pathétique à toute la scène. Les deux titres de Bob Dylan, « Like a Rolling Stone » et « Blowing in the Wind » – de très belles chansons, il faut le dire – donnent une note quelque peu présomptueuse aux scènes qu’elles accompagnent.

« Never Die Young » est un film émouvant, sensé et honnête, mais avec un peu trop de pathos par moments.

A l’Utopia et au Starlight.


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