Carion Christian: Une hirondelle a fait le printemps

Attendrissant par moments, jamais caricatural, „Une hirondelle a fait le printemps“ ne racole pas, ne brode pas. Du naturel pur jus, sans adjuvant.

Au Ciné UtopiaConfrontation de deux styles très différents: Adrien (Michel Serrault) et Sandrine (Mathilde Seigner).

La jeune fille et les chèvres

Formatrice sur internet à Paris, Sandrine aspire à une autre vie, loin des écrans de PC, des embouteillages et de la vie citadine. Depuis longtemps, elle caresse en secret le rêve d’une vie campagnarde et passe enfin à l’action, en étudiant deux ans pour devenir agricultrice.

Lors de ses stages, elle prend la mesure de ce métier rude, dépourvu de sensiblerie où il faut être capable de recueillir du sang de cochon, accoucher une chèvre, résister à l’hiver, sans sourciller … Arrive le moment de vérité: celui de l’acquisition d’une ferme comprenant un élevage de chèvres dans le Vercors. Le propriétaire, fatigué de travailler, souhaite néanmoins demeurer encore 18 mois dans son exploitation avant de reprendre une maison en ville. Premier télescopage entre la vieille école, celle du vieux paysan bourru et les méthodes nouvelles de la Parisienne qui fait de la vieille ferme un gîte pour citadins en mal d’air frais, utilisant internet pour vendre son fromage de chèvre dans toute l’Europe. La confrontation de leurs styles si différents débouche sur une sympathie qui n’ose pas s’avouer, le vieux paysan feignant l’indifférence, la jeune Parisienne faisant la fière …

Dans la rigueur de l’hiver, lorsque le sentiment de solitude devient plus lourd à porter, un rapprochement timide se fait inévitablement. C’est un soulagement pour Sandrine, sans être une solution: une femme agricultrice célibataire n’attire pas beaucoup de candidats masculins. Une vérité qu’il lui faudra assumer.

Pour parfaire ce portrait de campagne, il ne faut pas oublier l’ami de toujours, bon et réconfortant, ayant acquis une Volvo multi-options après avoir vendu sa ferme. Une récompense après de longues années de labeur, mais le vieux fermier ne s’y retrouve pas avec toute cette technologie et le voilà obligé de rouler avec ses essuie-glace en fonction par tous les temps, de peur de ne plus pouvoir les remettre en marche! Encore le choc des générations.

Deux forts en gueule du cinéma français

On frôle parfois la comédie à petites touches mais Christian Carion, à la fois réalisateur et scénariste, a choisi de ne pas s’engouffrer dans une simple confrontation de personnalités. Il cherche à dépeindre un monde rural sans l’embellir ni le rendre plus spectaculaire qu’il ne l’est réellement. Sa mise en scène est sobre, au plus près des acteurs. Mathilde Seigner et Michel Serrault ne sont pas obligés d’en faire des tonnes, ces deux forts en gueule du cinéma français passent admirablement le test de la justesse de ton. Ceux qui connaissent le personnage „Mathilde Seigner“ ne peuvent qu’applaudir sa sobriété. Il est de notoriété que son franc parler et ses attitudes rentrent dedans et lui ont parfois valu quelques sarcasmes quant à sa capacité à jouer en finesse. Avec ce rôle, l’actrice a trouvé un cinéma à son goût et remis les pendules à l’heure: „Si c’est pour tourner des films d’auteur pris de tête où tout le monde a le sida, je préfère arrêter. Heureusement, il y a un retour au cinéma que j’aime, „La veuve Couderc“, „Le chat“ …, des films sans bla-bla, sans prétentions mais qui racontent une histoire.“ Quand on vous dit qu’elle ne mâche pas ses mots!


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