Forster Marc: Monster’s Ball

Avec „Monster’s Ball“, Marc Forster réussi un véritable coup de maître.

Halle Berry et Billy Bob Thornton s’accrochent l’un à l’autre comme deux noyés à leur bouée dans „Monster’s Ball“.

Revenir de nulle part

Dans la moiteur écrasante de la Géorgie, où vivent les Grotowski, il est presque naturel d’être raciste, tout comme il va de soit d’être maton dans les couloirs de la mort, à la prison d’Etat. Buck, le patriarche, sorte de caricature infâme du cow-boy Malboro en plus méchant et plus malade, l’était. Hank son fils, muré dans son implacable soumission familiale, l’est aussi. Sonny, le petit-fils, le devient à son corps défendant.

Leur mission: accompagner les condamnés à mort dans leur dernière marche, ajuster les bracelets de cuir, placer les électrodes et leur enfiler la cagoule avant d’envoyer le jus. A cet exercice, Hank (Billy Bob Thorton) excelle sans états d’âme apparents. Sonny, pour sa part, ne le supporte pas et coule à pic dans une dépression et ses remords. Seulement, chez les Grotowski, on n’a pas le droit de craquer sous peine d’être aussitôt rejeté et taxé de femmelette.

De l’autre côté des barreaux, il ne fait pas plus bon vivre. Leaticia (Halle Berry) est l’épouse d’un condamné à mort qui n’en a plus que pour quelques heures à vivre. Jeune femme noire au destin de Cosette, elle se débat pour ne pas perdre sa maison qu’elle ne sait plus payer et pour offrir un semblant d’équilibre à son jeune fils perturbé et obèse.

A voir le tableau, on frise l’indigestion durant cette première heure de film. Le sordide le dispute au désespoir, alors qu’on a droit à une exécution (le mari de la belle), un suicide et un accident mortel. C’est précisément au moment où le spectateur se demande, tout comme les deux héros du film, s’il pourra en supporter encore bien plus, que le film change résolument de cap.

La route de Hank croise celle de Laeticia, les deux naufragés s’accrochant l’un à l’autre comme deux noyés à leur bouée. Tout bascule tandis que Laeticia et Hank font l’amour comme on l’a rarement vu au cinéma; s’abandonnant littéralement l’un à l’autre, étape charnelle indispensable à un possible renouveau. Encore faudra-t-il assumer la confrontation avec leurs passés respectifs, à priori inconciliables pour pouvoir définitivement prendre la voie de la vie et de l’espoir. Car si „Monster’s Ball“ dresse un portrait réaliste de l’Amérique profonde, son racisme endémique n’en est cependant pas le sujet. Il est tout au plus une composante de ce drame suffocant, chargé d’une grande intégrité émotionnelle, dont le véritable enjeu demeure le cheminement de deux êtres sur la voie du pardon à soi et à l’autre.

Marc Forster, réalisateur d’origine suisse, réussi pour son deuxième film un véritable coup de maître. Tout y est juste, du choix de la musique à celui des acteurs:

Billy Bob Thornton, épatant et Halle Berry à l’oscar amplement mérité dans ce magnifique rôle de femme. „La complexité du personnage de Leaticia m’importait plus que le contexte racial du film. En tant que femme, trouver un personnage aussi touffu et compliqué, fort bien écrit, également, était plus urgent qu’être associée à un film traitant de problèmes raciaux.“ Militante, non, concernée, oui, voilà comment Halle Berry se positionne, elle, la première noire dans l’histoire du cinéma à recevoir un oscar. Osons avancer que la profession a d’abord voulu la récompenser pour son incroyable performance d’actrice, avant de penser au symbole caché derrière cette statuette autrefois réservée aux seuls acteurs blancs.

Séverine Rossewy

A l’Utopia


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