Peinture
 : Allen comme chez lui


C’est en habitué que le peintre écossais Joe Allen a retrouvé la galerie Clairefontaine, la semaine dernière, à l’occasion du vernissage de son exposition « Horizon ». Depuis 1991, ses œuvres sont régulièrement mises en valeur dans la capitale.

Pour les amateurs d’art luxembourgeois, Joe Allen est tout sauf un inconnu. Ses peintures à l’huile sont souvent à l’honneur au grand-duché avant de voyager dans le monde. Car le style de l’Écossais a su séduire et s’affirmer au fil du temps. De ses tableaux de jeunesse, montrés au tournant des années 1990, il reste cette technique immuable de la peinture à l’huile, qui s’est perfectionnée jusqu’à donner « Horizon », la nouvelle série du sexagénaire né entre Glasgow et Édimbourg. Des paysages que l’on devine, faits d’aplats de couleurs, au gris dominant, réminiscence peut-être de ce bassin industriel écossais où il a grandi.

Diplômé de l’Académie royale de Londres, Joe Allen vit aujourd’hui entre la capitale anglaise et Trèves, en Allemagne. Des va-et-vient incessants qui nourrissent la mélancolie de son art. Car celui qui admire les impressionnistes, qui a consacré une série de portraits aux grands peintres de l’histoire, n’aime rien de moins que les paysages et la liberté qu’ils autorisent. Cette figure primaire de la peinture est dessinée dans un style entre abstrait et figuratif. Naïf ? Certainement moins qu’il en a l’air.

Car les formes prennent vie dans les tableaux de Joe Allen, construits selon un plan architectural. Dans « The Blue Fir » (« Le sapin bleu »), l’artiste raconte comment cet arbre, au centre du cadre, sépare les maisons assoupies de la route bruyante. Mur entre deux mondes, ceux des vivants et des morts, le sapin bleu prend vie en hiver, avec ses branches qui deviennent des bras. « Comme un vieux soldat, il reste debout, au milieu du chemin, rêvant des terres du nord », raconte Joe Allen. Du paysage, il extrait le détail pour en faire le centre du monde.

Cette nouvelle série de tableaux de Joe Allen vaut aussi quand on la met en perspective avec l’intégralité de son œuvre. On devine que le peintre va maintenant à l’essentiel, a allégé le style, oublié les complexes constructions géométriques et la ligne de fuite pour travailler la lumière comme rarement chez lui.

Une lumière sombre, presque imperceptible, mais qui intrigue. Dans un nuage, sous un réverbère, elle surgit là où on ne l’attend pas. Et offre un mouvement auquel Joe Allen ne nous avait pas habitués. On peut presque voir le vent dans les arbres, on a parfois l’impression que les nuages avancent. L’artiste semble épanoui, plus sûr de lui que jamais.

Sa prochaine exposition laissera-t-elle la place à des œuvres totalement abstraites ? C’est, en tout cas, le chemin qui se dessine, année après année, à la galerie Clairefontaine, qui a choisi d’être fidèle à un artiste qu’elle a aidé à grandir. Rendez-vous dans quelques années pour suivre l’intrigant parcours de ce peintre pas comme les autres. Entre ombre et lumière.

À la galerie Clairefontaine, jusqu’au 14 avril.

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