Photographie
 : Su-Mei Tse change 
de dimension

Enfant chérie de l’art contemporain luxembourgeois, Su-Mei Tse est accueillie pour une première exposition à la galerie Nosbaum & Reding. Après le succès de « Nested » au Mudam, la lauréate de la Biennale de Venise 2003 s’impose comme un phare de la création locale.

Que serait une saison culturelle sans son lot d’œuvres de Su-Mei Tse ? La jeune femme poursuit son travail de création compulsif avec une exposition de photographies qui répond à son récent « Nested », tête d’affiche du Mudam jusqu’en avril dernier.

Dans sa course à la matière, Su-Mei Tse choisit cette fois la terre et le ciel pour ce « Walking and Pausing ». Tout un programme pour cette hyperactive qui n’a de cesse de contempler le monde pour le reproduire à sa façon.

Montrée de façon permanente au Mudam avec sa mythique fontaine d’encre noire, « Many Spoken Words », Su-Mei Tse pourrait vivre de sa réputation internationale qui lui garantit une cote conséquente sur le marché de l’art contemporain. Au lieu de ça, elle aime à se réinventer, à prendre des risques, à ralentir pour mieux accélérer.

Tel est le programme de ce « Walking and Pausing », balade dans le cerveau de l’artiste, entre les pierres lourdes et massives de sa « Stone Collection » et les clichés célestes de nuages alanguis. À la couleur des cieux succède le noir et blanc de gros plans sur ces mêmes pierres. Dans l’espace, un univers, dans la pierre, un autre.

Chaque matière est montrée comme un monde, signature de Su-Mei Tse. La série de clichés « Stonescape » grossit la pierre pour en faire une planète, face cachée de la Lune bombardée par les astéroïdes. On imagine, au fond d’une crevasse, cet autre monde, impalpable, immontrable, qu’effleure juste le cadrage, dans un savant choix de mise en lumière très contrasté.

Le talent de Su-Mei Tse se résume à cette capacité de créer de la matière en tout instant. Les clichés prennent du relief, qu’ils montrent des pierres ou des forêts (« Golden Tree »). Et la balade de se prolonger en sortant de l’exposition. Les détails ne sont alors plus les mêmes et la moindre fracture de la pierre interpelle.

Les territoires de Su-Mei Tse se prolongent ainsi au-delà de son image d’artiste adoubée par le Luxembourg. Avec cette première exposition chez Nosbaum & Reding, elle rebrousse chemin pour affronter le regard des galeristes, des collectionneurs, loin de la tranquillité du musée national qu’est le Mudam. Elle l’a déjà fait à New York ou Hong Kong, et mise sur le calme relatif de son pays pour ce travail.

Une façon, pour elle, de se réinventer, de survivre, sans doute, en tant qu’artiste libre. La galerie Nosbaum & Reding l’a bien compris et propose, pour un mois encore, de découvrir ce travail plus intime, plus introspectif mais tout aussi passionnant que « Nested », dont il est le prolongement logique, au travers de cette obsession pour la nature et ses secrets.

Su-Mei Tse n’a pas fini de les explorer, sans s’enferrer dans des codes qui ne lui correspondent pas. Définitivement libre, elle montre chez Nosbaum & Reding comme au Mudam sa folle faculté à se renouveler sans pour autant se renier. Loin des étiquettes officielles que d’aucuns aimeraient sans doute lui attribuer.

Dans la galerie Nosbaum & Reding, jusqu’au 28 juillet.

Kriteschen an onofhängege Journalismus kascht Geld - och online. Ënnerstëtzt eis! Kritischer und unabhängiger Journalismus kostet Geld - auch online. Unterstützt uns! Le journalisme critique et indépendant coûte de l’argent - en ligne également. Soutenez-nous !
Tagged . Bookmark the permalink.

Comments are closed.