Sculptures
 : Charel le Tchèque


Pour le 700e anniversaire de la naissance de Charles IV, Neimënster lui consacre une exposition en collaboration avec l’ambassade tchèque. Les sculptures d’Igor Kitzberger prolongent la tradition des œuvres du Moyen Âge en l’ancrant dans la modernité.

(Photos : woxx)

(Photos : woxx)

Charles IV de Luxembourg, vous connaissez ? Né en 1316, le fils de Jean l’Aveugle s’est hissé à la tête du Saint-Empire romain germanique et l’a façonné durablement, menant une politique d’acquisition territoriale qui a lié pendant longtemps le Luxembourg à la Bohême, la Moravie et la Silésie. Il a également élevé le comté de Luxembourg au rang de duché en 1354. Une figure tchéco-luxembourgeoise en somme, qui a décidé la construction du fameux pont Charles de Prague et fondé l’université de cette même ville. Un personnage incontournable aussi dans les visites guidées de la capitale et dans les cours d’éducation civique destinés aux futurs naturalisés.

Il était donc assez logique qu’une exposition le célèbre cette année. Deux même, puisque le Musée d’histoire de la Ville de Luxembourg lui consacre aussi une exposition temporaire jusqu’en octobre. Mais la particularité des pièces montrées à l’abbaye de Neumünster est qu’elles sont contemporaines, même si inspirées de l’art du Moyen Âge et notamment des représentations classiques de souverains sur leur trône.

C’est l’artiste tchèque Igor Kitzberger qui a forgé la grosse vingtaine de statues de bronze ou d’acier qu’on peut admirer. Elles avaient d’ailleurs été présentées dans une exposition intitulée « Les Luxembourgeois magiques » à Ostrava, en République tchèque. La chapelle de l’abbaye de Neumünster, avec ses plafonds ornés de scènes religieuses et son autel, se prête plutôt bien à leur mise en valeur.

On ressent en effet une certaine continuité artistique par-delà les siècles. Si l’on dénombre quelques croix religieuses, la plupart des œuvres sont des représentations de Charles IV sur son trône ; leur modernité tient autant à la forme du visage, effilé et aux traits accentués comme une caricature (on pourra évoquer notamment les dessins d’Honoré Daumier), qu’au matériau dont elles sont faites. Le bronze était certes déjà en usage au Moyen Âge, mais on ne peut s’empêcher de penser pour celles en acier à un clin d’œil à une industrie qui a fleuri tant au grand-duché que dans la région de Moravie-Silésie. Les deux ensembles de sites de production sont actuellement aux mains de la même entreprise transnationale.

1381expo_klengLorsqu’on passe de la vue d’ensemble à un examen plus précis, les visages apparaissent martiaux mais aussi comiques, laissant au visiteur l’impression d’une commedia dell’arte de la vie, comme le suggère avec justesse le panneau introductif de l’exposition. Car oui, à la réflexion, le Charles IV de Kitzberger ressemble furieusement à… Pantalone !

La fascination de l’artiste pour l’empereur s’étend aussi à sa dynastie : dans un arbre généalogique tout en hauteur fait d’acier, il retrace les figures marquantes de la maison de Luxembourg de 1308 (accession d’Henri VII à la charge d’empereur du Saint-Empire romain germanique) à 1437 (mort de Sigismond 1er, dernier empereur de la branche familiale).

La visite de la courte exposition « Charles IV – Les rois de Bohême et les souverains du Saint-Empire romain germanique » à l’abbaye de Neumünster est donc une petite bouffée d’air frais, pas seulement pour se protéger de la chaleur extérieure en ces jours caniculaires, mais pour réviser l’histoire du Luxembourg en compagnie de sculptures modernes et ludiques.

Jusqu’au 21 août dans la chapelle de l’abbaye de Neumünster.

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