FREDERIC FONTEYNE: Fonteyne filme l’amour

A travers cette histoire d’un adultère, co-produite par Samsa Film, Frédéric Fonteyne s’impose comme excellent directeur d’acteurs.

La force au coeur de la tempête: Elisa (Emmanuelle Devos) est prête à tout pour reconquérir son mari (Clovis Cornillac).

Après avoir séduit le Festival de Namur en 1997 avec le trop méconnu „Max et Bobo“, puis fait fantasmer en 1999 avec „Une liaison pornographique“, Frédéric Fonteyne revient à l’assaut des grands écrans avec l’adaptation du roman de Madeleine Bourdouxhe „La Femme de Gilles“ tourné en partie au Grand-Duché de Luxembourg et présenté en ouverture au dernier Festival du Film Francophone de Namur. „Quand j’ai lu le livre, j’ai été abasourdi par les personnages. Je sentais qu’il y avait beaucoup de choses à exprimer cinématographiquement au niveau des décors, de la sensualité, de la sensation, des émotions“, explique le réalisateur.

Nous sommes dans les années 30, dans un milieu d’ouvriers. Gilles (Clovis Cornillac) travaille dans les hauts-fourneaux et Elisa (Emmanuelle Devos), sa femme, s’occupe de la maison et de leurs deux petites filles tout en
attendant son troisième enfant. Heureusement, Victorine (Laura Smet), la s´ur d’Elisa vient de temps à autre garder les enfants et décharger Elisa de ses tâches quotidiennes. Leur vie est modeste et difficile mais Elisa et Gilles s’aiment et paraissent heureux. Mais un jour, Elisa a de drôles d’idées qui lui passent par la tête : Gilles et Victorine, Victorine et Gilles. Du doute, elle passera à la certitude d’une liaison adultère. Commence alors un étrange combat fait d’amour, de courage et de ruse pour tenter de récupérer son mari et ainsi rester „La Femme de Gilles“.

On pourrait reprocher au film de Frédéric Fonteyne le thème récurrent de l’adultère et du combat de l’épouse pour garder son mari dans ses draps. Néanmoins, s’arrêter sur cette simple constatation serait simpliste et injuste par rapport à l’énorme travail de mise en scène de Frédéric Fonteyne. Car ce qui est beau dans ce film, c’est cette analyse psychologique des personnages, cette profondeur de l’âme, les faits et gestes quotidiens d’Elisa qui sont le reflet d’un amour sans pareil pour son mari.

De plus, Frédéric Fonteyne a ce formidable atout de pouvoir laisser le temps au temps pour nous permettre d’admirer ses fresques cinématographiques car chaque plan est le reflet d’un tableau signé par un grand maître de la peinture tel que Johannes Vermeer. Grâce à ses plans serrés, précis, à sa lumière, le peu de dialogue et surtout grâce à l’interprétation, Frédéric Fonteyne va au-delà du contenu du roman de Madeleine Bourdouxhe et du scénario. C’est sa mise en scène et l’interprétation qui font et feront le succès de „La Femme de Gilles“.

Si l’Académie des César reste fidèle à elle-même, elle devrait couronner pour une seconde fois Emmanuelle Devos car son jeu est tellement juste et si difficile à retranscrire sur la pellicule, surtout que les dialogues ne se bousculent pas. Quoi qu’il en soit, „La Femme de Gilles“ est une excellente carte de visite pour ceux qui douteraient encore du talent d’Emmanuelle Devos.

Quant à Clovis Cornillac, il en a fait du chemin depuis „Hors-la-Loi“ de Robin Davis. Son jeu aussi a évolué et marqué les mémoires avec „A la petite semaine“. Dans „La Femme de Gilles“, lui aussi épate la galerie avec son rôle tout en nuances, laissant apparaître ce qu’il veut quand il le veut. Une preuve aussi que Frédéric Fonteyne sait non seulement mettre en scène, manipuler une caméra mais aussi formidablement bien diriger les comédiens.


Kriteschen an onofhängege Journalismus kascht Geld - och online. Ënnerstëtzt eis! Kritischer und unabhängiger Journalismus kostet Geld - auch online. Unterstützt uns! Le journalisme critique et indépendant coûte de l’argent - en ligne également. Soutenez-nous !
Tagged , . Bookmark the permalink.

Comments are closed.