MICHAEL WINTERBOTTOM: The Road to Guantanamo

The Road to Guantanamo, de Michael Winterbottom est un pamphlet contre l’inhumanité de la „guerre contre le terrorisme“. Il témoigne notamment de l’absurdité même du concept.

Déguisés et dégradés, présumés les terroristes de Guantanamo sont avant tout captifs d’une machine à justifier la politique américaine.

Le plus frappant c’est son sourire et le calme qui l’entourent. Accoudé au comptoir de la buvette de l’Utopia, Ruhel Ahmed pourrait passer pour un skater du coin. Sapé en jogging Adidas et chaussures dernier cri, la majorité des journalistes conviés à l’avant-première du film mettent du temps à identifier en lui un des protagonistes du film qu’ils vont voir. Et pourtant le jogging a son importance, il n’est pas uniquement la preuve que ce jeune Pakistanais de 24 ans, originaire de Tipton, une banlieue de Birmingham est un gars „normal“. C’est aussi une provocation à l’égard de ceux qui lui ont pris deux années de sa vie.

Tout commence en octobre 2001 quand un de ses meilleurs amis lui annonce son mariage au Pakistan. Il lui demande d’être le témoin de cette union arrangée par ses parents. Impressionné par la perspective de revoir son pays d’origine, Ruhel et ses amis se mettent en route.

Sur place, les quatre jeunes hommes sont alertés par les imams et les gens qu’ils croisent dans les mosquées, par ce qui se passe dans le pays voisin, l’Afghanistan, sous les bombes américaines qui veulent faire cesser le règne des talibans, ceux-là mêmes qu’ils avaient armés auparavant quand l’ennemi était encore l’Union Soviétique. „Nous y sommes allés pour aider, non pas pour faire la guerre. La façon dont les talibans vivent l’islam n’est pas la nôtre. Mais laisser crever des gens sous les bombes ce n’était pas acceptable“, explique-t-il. Et puis l’aventure tentait aussi, les jeunes hommes ont juste la vingtaine. Pour quelques roupies ils embarquent donc vers l’Afghanistan.

Arrivés à destination ils constatent vite que les Afghans n’ont pas vraiment attendu quatre anglais pour les sauver. Découragés et au bout de leur condition physique, ils essaient de regagner au plus vite le Pakistan. Mais, pris dans les tumultes de la guerre ils atterrissent dans les mains de l’armée américaine, qui les catégorise sous le label de „combattant ennemi“, donc des hommes essentiellement méchants, des membres de l'“axe du mal“ que le gouvernement Bush cherche toujours à neutraliser ou du moins à identifier clairement.

Car la clarté c’est ce qui manque le plus à leurs nouveaux geôliers. Arrivés au tristement célèbre „Camp X-Ray“ sur Guantanamo, après être passés par l’enfer des prisons tenus par l’Alliance du Nord afghane et celui de la base américaine de Baghram, ils sont astreints à ne pas bouger, ne pas parler et faire ce que leur disent les soldats. „Vous êtes arrivés à votre destination finale. A partir de maintenant vous êtes la propriété de l’armée américaine“, tels sont les mots de bienvenue à Guantanamo.

A part les traitements inhumains qui ont été révélés petit à petit au monde entier par des ex-prisonniers: privation de sommeil, violences physiques et psychologiques répétées et longs séjours en cellule d’isolement, The Road to Guantanamo révèle surtout le degré de naï veté dont font preuve les autorités américaines. Les interrogatoires musclés – lors des premières fois ils doivent s’agenouiller devant leurs interrogateurs, un soldat pointant en permanence son arme contre leur tête – se réduisent en général à des accusations fantaisistes. Si les prisonniers ne répondent pas ce que les soldats ou hommes de la CIA veulent entendre, ils sont punis gravement. Jusqu’à ce qu’ils admettent leur appartenance à Al-Quaida ou qu’ils acceptent de dénoncer un de leurs co-détenus, moyennant une petite relâche dans l’enfer de tous les jours. Le spectateur gagne vite l’impression que Guantanamo est avant tout une machine à fabriquer des coupables. Des terroristes dont le gouvernement américain a tellement besoin pour justifier ses agissements militaires futurs ou passés. Un indice plus que parlant est la décision tombée la semaine dernière à autoriser les tribunaux de Guantanamo à utiliser des déclarations extirpées „par la force“. Par la torture diraient d’autres.

Pourtant un des atouts du film est de ne pas démoniser les Américains. Certaines scènes montrent même des instants d’humanité entre soldats et détenus. „Il y en avait qui ne supportaient pas de maltraiter les gens tous les jours. Des soldats s’excusaient régulièrement de ce que leur pays nous faisait souffrir. Je sais même que deux d’entre eux se sont suicidés pendant ma détention“, déclarait Ruhel Ahmed lors de la conférence de presse qui a suivi l’avant-première luxembourgeoise.


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