MONUMENTS HISTORIQUES: Le bulldozer, on n’aime pas trop

Au-delà de la question du site de la cité judiciaire, la sensibilité à ménager la substance historique de la ville semble plus grande du côté du public que de celui des décideurs.

La décision des „Frënn vun der Festungsgeschicht“ de s’assurer, par institut de sondage interposé, l’appui de la population dans l’affaire „cité judiciaire“ était propice: les chiffres publiés en début de semaine par l’ILReS sur commande des ami-e-s de la forteresse sont parlants, et ce à plus d’un titre.

D’abord, ils nous renseignent – et c’était l’objectif premier du sondage – sur les vues du public quant à la protection des vestiges de la forteresse dans le litige autour du site de la nouvelle cité judiciaire. Les réponses sont très claires dans ce domaine: l’importance de protéger le mieux possible ces témoins de l’histoire est évidente pour une large majorité de la population, qui montre ainsi qu’elle a plus le sens de la protection des monuments historiques que ne voudraient le reconnaî tre divers responsables politiques et architectes en quête de terrains constructibles.

Dans le doute, les citoyens et citoyennes optent plutôt pour la conservation que pour la destruction, respectivement favorisent l’intégration de la substance historique dans les projets nouveaux, s’ils s’avèrent indispensables. Mais le sondage démonte encore un autre préjugé, qui veut que seuls les Luxembourgeois de souche d’un certain âge partagent cette vue: ce sont les 25-34 ans qui soutiennent le plus l’idée qu’il „faut construire la cité judiciaire sur un site où elle ne gêne pas“. Et les Portugais y sont plus enclins que les Luxembourgeois, ce qui démontre également que la nouvelle et jeune population a peu de problèmes avec une cité judiciaire version décentralisée.

Mais au-delà de la question de la cité judiciaire, le nouveau sondage prouve qu’en général une politique offensive en matière de conservation des sites et monuments est soutenue par un public très large. Or la politique menée depuis des années sur le terrain ne correspond pas du tout à ce voeu. Le cas des Rotondes en fournit un triste exemple: dix ans après leur classement en tant que monument historique sur demande de l’association „Stoppt de Bagger“, on consent enfin à entamer des travaux d’urgence, et ceci essentiellement sur pression du public. De la soi-disant rénovation de la „Schlassbréck“, en passant par le musée Pei, à la mise en péril du plateau du Saint-Esprit par la cité judiciaire, les exemples ne manquent pas.

Peut-on s’étonner alors que dans le dernier cas, le ministère des Travaux publics ne semblait même pas reculer devant la mise en question du statut de „patrimoine mondial“?

D’ailleurs une délégation du ministère de la Culture a dû se déplacer pendant quelques jours à Helsinki pour répondre aux questions du Comité de l’Unesco. Cela démontre que les propos des derniers mois en vue de minimiser l’impact du statut de patrimoine mondial étaient surtout une opération d’apaisement du public.

Le Gouvernement l’a echappé belle: l’Unesco semble accepter le projet remanié de la cité judiciaire sur le plateau du Saint-Esprit sans que la ville risque de perdre son statut de patrimoine mondial.

Toujours est-il qu’au regard du sondage de l’ILReS, le Gouvernement ferait bien de changer de stratégie: si ce n’est pas par intérêt pour la substance historique, alors peut-être pour des raisons électorales.

Un commentaire de Renée Wagener


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