POLITIQUE D’ASILE: Humanitaire, mais pas humain

Depuis dix ans, le Luxembourg pratique une politique restrictive en matière d’asile. Malgré sa bonhomie affichée, Jean Asselborn ne semble pas vouloir y changer grand chose.

„En devenant ministre, je n’ai pas laissé mon humanité au vestiaire“, a assuré Jean Asselborn, interrogé au Journal de RTL sur sa politique d’asile. Mais l’exemple qu’il venait de donner, contredisait son propos: „Une femme enceinte n’est pas expulsée. Nous lui accordons le statut de tolérance … jusqu’à ce que l’enfant ait trois mois.“ La manière dont le nouveau ministre de l’immigration s’empêtre dans ses arguments a quelque chose de désarmant. Et elle révèle les contradictions profondes d’une politique d’asile qui se veut à la fois restrictive et „humaine“.

Mis à part la revendication à tout bout de champ de cette „humanité“, ni le discours, ni la pratique n’ont évolué sur le fond. Comme son prédécesseur Luc Frieden, Jean Asselborn explique qu’il faut respecter la loi et que les autres pays traitent les réfugié-e-s de la même manière. Le plus intéressant dans les déclarations du ministre étaient les données chiffrées cumulées de la procédure d’asile depuis 1999. Seulement 4,2 % des demandeuses et demandeurs ont obtenu le statut selon la Convention de Genève. Le statut de tolérance – temporaire – a également été accordé dans 4,2 % des cas, et le statut humanitaire – en principe définitif – dans 9,6 % des cas. „Un cinquième des personnes a donc obtenu la possibilité de rester au Luxembourg“, s’est félicité Asselborn. Certes, mais la plupart ont été repêchées après qu’on ait refusé de les reconnaî tre comme réfugié-e-s au sens de la Convention de Genève. Ainsi, à défaut d’appliquer la Convention avec un minimum de générosité, le Luxembourg érige en règle des statuts exceptionnels et provisoires.

Par ailleurs, la promesse du ministre de ne pas procéder à des expulsions mettant en danger la vie de réfugié-e-s est peu crédible. En effet, paralèllement à cela, il se plaint des pays vers lesquels ses services éprouvent des difficultés à effectuer des retours de réfugié-e-s. Et il cite: le Nigéria, la Russie, l’Iran. Trois pays dans lesquels les autorités violent, à des degrés divers, les droits humains.

Le principe d’humanité est constamment sacrifié au principe de dissuasion. Afin de ne pas encourager les réfugié-e-s débouté-e-s de la procédure de s’accrocher, Jean Asselborn a ouvert, sans oser le dire ouvertement, la chasse à tou-tes les familles de réfugié-e-s qu’il n’a pas pu expulser pendant les vacances scolaires. Pas question pour Asselborn de procéder à une seconde régularisation: cela risquerait de déclencher un nouvel afflux de réfugié-e-s. Pourtant, l’idée d’une telle régularisation est défendue aussi bien par des ONG que par le syndicat OGBL … et se trouvait dans le programme électoral du LSAP de 2004.

Le résultat de ce reniement est prévisible: plusieurs centaines d’êtres humains qui basculent durablement dans l’illégalité, enfants compris. Le fait que 175 personnes ont bénéficié de la mini-régularisation des familles avec enfants dans le postprimaire sera une maigre consolation. Cela laisse présager de quoi sera fait l’action du LSAP en matière de politique d’asile: à défaut de pouvoir mener une politique d’asile véritablement humaine, il faudra se contenter de mesures à caractère humanitaire.


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