NIGERIA: Nettoyage

Se débarasser de gens incommodants, c’est beaucoup plus facile que de remédier à des situations difficiles. C’est aussi vrai en France qu’au Luxembourg.

Dernièrement, le ministre de l’intérieur français Sarkozy s’est attiré les protestations des milieux bien-pensants à cause de ses propos outrageants. Lundi, lors d’une déclaration politique, M. Chirac a choisi des mots plus recherchés pour définir les mesures à prendre pour assurer la réussite la politique d’intégration française, en proposant notamment: „Il faut renforcer la lutte contre l’immigration irrégulière et les trafics qu’elle génère.“

Au Luxembourg, nous n’assistons pas à des scènes de violence telles qu’on en a vu en France. Mais la seule présence de jeunes hommes immigrés à la peau noire, tous supposés illégaux et vendeurs de drogue par-dessus le marché, provoque également des appels au nettoyage plus ou moins explicites. Et la pression de la rue est assez grande pour que le ministre de l’immigration prenne l’avion en direction du Nigéria, afin de présenter un deal au président de ce pays dont proviennent un quart des personnes africaines demandant l’asile chez nous.

M. Asselborn a bien travaillé: le Nigéria semble prêt à coopérer en facilitant et en accélérant les procédures de refoulement de ces jeunes hommes vers leur patrie – contre certains services rendus en retour. Le Luxembourg payera non seulement les voyages, mais veut soutenir la lutte contre le sida ou s’investir dans l’aide aux organisations internationales, „notamment dans le domaine de la lutte contre le crime organisé transfrontalier et la traite des êtres humains“. Et il veut également donner un coup de main en ce qui concerne la bonne gouvernance bancaire.

Ce dont le représentant luxembourgeois ne semble pas avoir parlé avec le président Olusegun Obasanjo, c’est le contexte politique, économique et social dans lequel sont rapatriés ces personnes – et qui est d’ailleurs la cause de leur fuite. Ce n’est pas un hasard si, le lendemain du dixième anniversaire de l’exécution de Ken Saro Wiwa, le nom de cet activiste anti-Shell n’a pas été enoncé dans le communiqué de presse résumant les conversations entre Asselborn et Obasanjo. Car même si le Nigéria est placé sous un gouvernement civil depuis 1999, Amnesty International dénonce que la peine capitale y est toujours en vigueur, que les responsables des violations des droits humains du temps de la dictature militaire n’ont pas été poursuivis et que les forces de sécurité continuent à y tuer à grande échelle. Dans certains Etats du Nigéria, les lois pénales basées sur la charia sont appliquées, et les droits des femmes y sont bafoués. Les revenus que le pétrole apporte sont détournés par la corruption au lieu de servir au développement du pays. Pendant ce temps, les compagnies pétrolières Chevron et Shell – qui continuent à extraire du pétrole – peinent à honorer leurs engagements en matière de droits de propriété et de respect des droits humains à l’intérieur de leurs entreprises.

Ce dont M. Asselborn ne parle pas non plus, ce sont les conditions des personnes réfugiées au Luxembourg. D’un ministre socialiste, on s’attendait à un nouveau discours en matière de politique d’asile et d’immigration. Par exemple, sur une réelle politique d’accueil au lieu d’une course aux obstacles en matière de reconnaissance. Ou même sur une nécessaire stratégie de lutte contre le racisme à la luxembourgeoise. Or, depuis la création du nouveau ministère de l’immigration, les mots d’ordre ont été „refoulement“, „centre de rétention“ et „réduction des droits de recours“. Evidemment, après les élections, personne n’avait été si naïf – ou optimiste – de croire que les refoulements appartenaient à une époque Frieden révolue. Mais on aurait voulu croire que d’autres concepts, basés sur des critères humanitaires plutôt que de répression auraient été mis en place subsidiairement.

Mais cette attitude ne traduit en somme qu’une approche de plus en plus commune aux gouvernments européens: nous voilà dans l’ère des accords de réadmission et du marchandage de l’aide au développement contre les refoulements. Le Tiers Monde à notre porte, on s’en passe volontiers. Et prions que les prix du pétrole restent en baisse …


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