UNIVERSITE: Horizons nouveaux

Le choix d’un site unique, au-delà des rivalités de clocher, représente un grand pas en direction d’une „véritable“ université au Luxembourg.

Ne pas prendre de risque, ne pas céder aux extravagances, c’est le sens de l’expression „d’Kierch am Duerf loossen“ – littéralement: laisser l’église à l’intérieur du village. C’est ce qui a failli se passer pour l’Université du Luxembourg (UDL). Le groupe de travail chargé de trouver un site avait proposé, il y a deux mois, que les facultés d’économie et de lettres soient concentrées au Limpertsberg. Parmi les atouts de ce quartier, celui d’avoir longtemps hébergé le Cours universitaire et d’être aujourd’hui le centre de l’UDL „réellement existante“. Mais le Limpertsberg rappelle aussi la proximité entre „Cours“ et enseignement secondaire … et ses profs en quête d’une fin de carrière dorée. Et le mini-campus au bout de l’avenue de la Faï encerie est le lieu où l’université, depuis 2000, s’est retrouvée à l’étroit et empêtrée dans des querelles mesquines.

Pas surprenant donc que la communauté universitaire, à l’annonce du site unique à Belval-Ouest, n’ait exprimé de regret concernant le Limpertsberg. La véritable surprise est qu’une telle décision ait pu être prise. Implanter les trois facultés à Belval-Ouest conduit d’une part à réunir des milliers d’étudiant-e-s et de chercheur-se-s en un lieu unique. D’autre part, on rompt avec les antécédents provinciaux de l’enseignement post-secondaire au Luxembourg. Ainsi pourra se développer une „véritable“ université, réclamée depuis des décennies par des intellectuels progressistes. Tout celà, alors que le parti conservateur, le CSV, mène la coalition gouvernementale et détient le portefeuille de l’Enseignement supérieur.

Traditionnellement, les chrétiens-sociaux souhaitaient éviter l’implantation d’un foyer d’esprit critique et d’idées progressistes au Grand-Duché, qui irait de pair avec une université. En 2000, c’est pourtant une chrétienne-sociale, la ministre Erna Hennicot-Schoepges, qui lança le terme d’université. Avec quelques bémols cependant. Le projet de „pôle d’excellence“ prévoyait quelques premiers cycles, beaucoup de recherche et de troisièmes cycles, mais aucun second cycle. De plus, il était prévu d’éparpiller l’université sur trois sites au moins. Ainsi, on comptait éviter tout risque de subversion et de contestation de l’ordre établi par une masse critique d’universitaires.

Les politicien-ne-s de la Ville de Luxembourg, n’ont pas vu en cette université un enjeu majeur avant le 23 décembre 2005. Certes, Paul Helminger a vanté à titre personnel la dynamique que l’UDL insufflerait à la ville. Mais sans doute l’attachement de son parti au même ordre établi freinait-il l’enthousiasme du DP pour une „véritable“ université. En fin de compte, la proposition d’un site unique à Belval-Ouest répond à une conjonction improbable entre le patriotisme local de certains politiciens et la demande émanant de la communauté universitaire. En effet, celle-ci a développé une dynamique propre, tendant à une université plus grande que prévu: de haut niveau, certes, mais prenant racine dans un terroir fertile de cycles inférieurs. Le choix d’un site unique et extensible constitue un premier pas dans cette direction.

La partie n’est pas gagnée pour autant. Ainsi, les réticences du CSV n’ont sûrement pas disparues du jour au lendemain. Un premier risque est que l’aménagement de Belval-Ouest échoue. Au pire, on aura une zone industrielle doublée d’un campus-ghetto et des parkings géants alentour. Au mieux il y naî tra un quartier universitaire-urbain, bien relié aux centres d’Esch, de Luxembourg et de Kirchberg. Un autre risque est que le développement de l’université soit bridé, peut être par manque de moyens budgétaires. Ou encore, mais là c’est de la responsabilité de la communauté universitaire elle-même, à travers un projet embrouillé d’université d’élite. En effet, si de telles universités peuvent être créées ex nihilo dans les grandes métropoles du monde, un pôle d’excellence ne se décrète pas dans le semi-désert académique qu’est la Grande Région.


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