AVORTEMENT: Sus à l’absurde !

Si la raison l’emporte, le projet de loi sur l’avortement devra être modifié. Mais cette pseudo-avancée risque de faire les frais des petits jeux politiciens de la coalition.

Le 8 mars approche et le débat autour du projet de loi gouvernemental sur l’interruption volontaire de grossesse ne faiblit pas. Pour rappel : le ministre de la justice, François Biltgen, avait déposé l’année passée un projet de loi réformant la loi de 1978 qui ouvrait l’avortement au Luxembourg uniquement en cas de détresse physique ou psychique. Le texte de Biltgen prévoit quant à lui d’ouvrir l’indication à la détresse sociale sous réserve que les femmes devant avorter consultent avant un centre agréé et ce de manière obligatoire. Le projet fut rapidement dénoncé par un grand nombre d’organisations et de partis politiques. La députée Lydie Polfer (DP) alla même jusqu’à redéposer la proposition de loi de sa collègue socialiste Lydie Err, qui, contrairement au texte de compromis entre le CSV et le LSAP, proposait une réforme moderne et cohérente.

Et cette semaine, Lydie Polfer est revenue à la charge, flanquée de la jeune juriste et conseillère communale libérale de Walferdange Joëlle Elvinger. Et comme on pouvait s’y attendre, la charge est lourde. Si l’on peut penser que l’intervention du DP sur ce sujet est un peu tardive, la date ne fut probablement pas choisie au hasard, étant donné que le lendemain (donc ce jeudi), la commission parlementaire de la santé avait enfin invité le collectif « Si je veux ! » pour un échange de vues.

L’étau se resserre en tout cas autour des défenseurs de l’actuelle mouture. L’obligation de consultation ne fait l’unanimité qu’auprès des ténors de la majorité, qui, tels le président du LSAP, s’évertuent maladroitement à justifier cette clause qui n’est rien d’autre qu’un compromis politicien pour faire passer la pilule auprès d’une partie du CSV. Car entre-temps, quasiment l’ensemble des avis doutent de l’efficacité de cette mesure. Et Polfer de les énumérer à nouveau : la Commission consultative des droits de l’Homme, le Conseil national des femmes du Luxembourg, le Syndicat national des gynéco-obstétriciens et même le Conseil d’Etat. Cerise sur le gâteau, même un opposant par principe à l’IVG, le président du Conseil des catholiques, Jean-Paul Schmit, a déclaré sur l’antenne de la radio 100,7 qu’il ne voyait pas l’utilité de cette obligation.

Le doute a néanmoins rejoint les rangs de la majorité, et c’est avec une certaine malice que Polfer a ressorti du tiroir ce mercredi un avant-projet de règlement grand-ducal préparé au sein du ministère de la famille, qui dit tout et son contraire : selon ce texte, la femme qui désire procéder à une IVG devrait ainsi consulter un centre, mais ne pourrait pas être obligée de collaborer. Selon nos informations, l’échange de vues au sein de la commission de jeudi matin aurait toutefois été assez constructif et il semble que certain-e-s député-e-s se rendent compte de l’absurdité du texte. Le concept de « détresse » en est un exemple supplémentaire, car il ne découle que d’une appréciation subjective difficilement qualifiable par un juge.

Mais le problème, comme l’a indiqué Polfer, c’est que le débat risque de s’enliser dans des postures politiciennes. Si l’on susurre de-ci de-là que les doutes commencent à croître jusque dans les rangs du CSV – même si les représentants de cette grande muette sont tenus à respecter l’omerta – il s’agit pour le parti de Juncker de garder la face, au détriment de la raison et des femmes concernées. Ah oui, puisque nous en sommes au volet politique : les Femmes socialistes se réuniront en congrès ce 8 mars. Une occasion, en plus de chanter l’Internationale et de tenir des discours émancipateurs déterminés, de lancer un signal aux hommes qui dirigent leur parti de ne pas faire n’importe quoi avec le ventre, le coeur et la tête des femmes.


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