POLICE: Désaccords en série

D’un côté, une hiérarchie qui a dû présenter des statistiques de la délinquance pas vraiment optimistes, de l’autre une base qui gronde de plus en plus fort : dans la police comme dans l’armée, les affaires ne tournent définitivement pas rond.

Hausse du taux de criminalité en 2011 : 14,7 pour cent. C’est le chiffre de la semaine qui a fait la ronde des médias et des zincs. Pourtant, derrière ce chiffre unique se cache une ribambelle d’autres statistiques qui expliquent plus en détail cette hausse à l’apparence spectaculaire. Ainsi, ce sont avant tout les cambriolages, les vols avec violence, le vandalisme et les menaces et calomnies qui sont en nette augmentation. Par contre, deux autres formes de délinquance – les atteintes aux moeurs (qui englobent aussi les viols) et les rébellions contre les agents de police – stagnent certes à un niveau encore trop élevé, mais parler d’augmentation en ces deux cas, comme certains l’ont fait, est totalement faux. Quant à l’interprétation de ces chiffres, on ne pourra que constater que les statistiques policières reflètent un constat social globalement négatif. En d’autres termes, les temps se durcissent et la police est souvent la première à le constater. Car même la police l’admet : « Pour une analyse approfondie et complète, il faudra toutefois prendre en considération des facteurs exogènes tels que l’évolution démographique du Luxembourg, les facteurs socio-économiques, le climat social ». Et bien sûr le fait que plus de répression amène souvent un effet contraire dans les statistiques : en allant plus sur le terrain, on constate plus de délits. Ce qui est notamment le cas pour les stupéfiants, aussi en légère hausse.

A la base pourtant, on se préoccupe d’autres problèmes. Ce mercredi soir, dans la salle surpeuplée du centre civique de Hesperange où se tient traditionnellement le meeting annuel du syndicat national de la police grand-ducale Luxembourg (SNPGL), les orateurs n’éprouvaient aucun problème à faire huer la masse de policiers présents – et selon ses propres chiffres, plus de 95 pour cent des policiers sont affiliés au SNPGL – quand ils nommaient leurs principaux maux et les personnes responsables, avant tout le directeur général de la police Romain Nettgen et le ministre de l’intérieur Jean-Marie Halsdorf. Mais avant cela, le vice-président du syndicat, Erny Kohn, a chauffé la salle avec un discours enflammé fustigeant les rébellions contre les agents. Il ne fallait pourtant pas s’attendre à un discours proche du populisme. Certes, il y manquait toute autocritique concernant les comportements outrageants, voire violents émanant de la police, mais Kohn s’est rattrapé en appelant à un dialogue national sans tabous : « Il est grand temps de mener ce débat, car les étrangers ne sont pas tous des criminels, ni tous les Luxembourgeois des anges. Il faut donc s’emparer de ce débat avant que des gens avec des tendances droitières et des pseudo-patriotes ne le fassent à notre place ». Et de proposer d’incarcérer d’office, pour quelques jours, celles et ceux qui se seraient rebellés contre des agents de police. Une mesure qui, si elle était appliquée, ne serait pas vraiment profitable à la paix sociale…

Ce fut ensuite au secrétaire général Maurice Meysenburg de mettre le doigt sur les plaies, notamment concernant les doléances des policiers affectés au Findel. Ils se plaignent que depuis que les communes s’occupent de la délivrance des documents d’identité avec un personnel non formé dans la détection de faux papiers, la possibilité pour des délinquants de se procurer des documents légaux de l’Etat luxembourgeois serait trop grande. Critique aussi pour le ministre de l’intérieur et l’organisation des commissariats de proximité qui seraient tous sous-équipés en personnel, alors que le ministre s’apprête à en fermer huit. L’inspection générale de la police en prend aussi pour son grade. Le SNPGL soupçonne fortement sa hiérarchie de vouloir pénaliser les petites et moyennes carrières – brigadier et inspecteur – sans qu’elle ne veuille être trop contrôlée elle-même. Et puis finalement, une rengaine traditionnelle, celle qui concerne le niveau des nouvelles recrues : pour devenir inspecteur, il faudrait au moins un bac technique ou classique, réclame le SNPGL. Ou pour le dire avec les mots d’Albert Ressel, président du syndicat : « Certes nous avons besoin de nouvelles recrues, mais pour nous, c’est la qualité qui prime de loin sur la quantité ». Par ailleurs, Ressel n’a pas exclu de descendre dans la rue manifester.


Cet article vous a plu ?
Nous offrons gratuitement nos articles avec leur regard résolument écologique, féministe et progressif sur le monde. Sans pub ni offre premium ou paywall. Nous avons en effet la conviction que l’accès à l’information doit rester libre. Afin de pouvoir garantir qu’à l’avenir nos articles seront accessibles à quiconque s’y intéresse, nous avons besoin de votre soutien – à travers un abonnement ou un don : woxx.lu/support.

Hat Ihnen dieser Artikel gefallen?
Wir stellen unsere Artikel mit unserem einzigartigen, ökologischen, feministischen, gesellschaftskritischen und linkem Blick auf die Welt allen kostenlos zur Verfügung – ohne Werbung, ohne „Plus“-, „Premium“-Angebot oder eine Paywall. Denn wir sind der Meinung, dass der Zugang zu Informationen frei sein sollte. Um das auch in Zukunft gewährleisten zu können, benötigen wir Ihre Unterstützung; mit einem Abonnement oder einer Spende: woxx.lu/support.
Tagged .Speichere in deinen Favoriten diesen permalink.

Kommentare sind geschlossen.