SCULPTURES/PEINTURES: Hospitalier

L’on déplore souvent que l’art contemporain aime trop s’isoler dans les galeries, les musées et autres institutions où ils ne sont consommés en général que par la classe de gens qui peuvent se permettre d’y aller ou qui, par leur formation et leur classe sociale, se sentent attirés, voire obligés, de fréquenter ces lieux. Alors une exposition dans un lieu où l’on ne s’y attendait pas forcément est toujours rafraîchissante. Surtout s’il s’agit d’un hôpital, un endroit certes public, mais connoté négativement la plupart du temps, car si vous y allez, cela implique que vous ou une personne qui vous est proche a des problèmes. Et dans ce cas-là, un peu de distraction peut être la bienvenue, pour vous changer les idées ou pour avoir un peu d’évasion avant de replonger dans la réalité.

Les sculptures de Kingsley Ogwara et les peintures de Carlos Wembou qui décorent en ce moment les salles du rez-de-chaussée de la clinique Ste. Zithe au Luxembourg, proposent exactement cela, ni plus, ni moins. Ce sont les peintures du Togolais Carlos Wembou qui tapent à l’oeil en premier lieu, ne serait-ce que par leurs couleurs vives qui contrastent tellement avec les murs en blanc cassé et l’atmosphère un peu terne de la réception de la clinique. Ses techniques ne sont pas révolutionnaires, ni le sont ses motifs, et pourtant on ressent une certaine émotion derrière ses compositions. Certains tableaux ne sont pas sans rappeler les grands surréalistes et cubistes par leurs motifs toujours semi-abstraits et déconstruits. D’autres sont plutôt dans la veine des peintres paysagistes et représentent des plages et des voiliers. Finalement, c’est surtout un tableau, appelé « Après le divorce », qui retient l’attention. Peut-être parce que c’est le seul à montrer une silhouette humaine, ou à cause de la noirceur du tableau. En tout cas, on ressent qu’il s’agit d’une composition très personnelle de l’artiste dans laquelle se mêlent tristesse et espoir.

Pour Kingsley Ogwara, un Nigérian d’origine, qui, tout comme Carlos Wembou, s’est installé au Luxembourg, on peut distinguer deux veines différentes. Premièrement, ses sculptures en albâtre sont certes impeccables d’un point de vue technique mais elles n’ont rien de vraiment nouveau. Elles rappellent tant d’artistes du début 20e jusqu’à nos jours qu’on ne pourrait pas les énumérer tous ici, et surtout elles ne retiennent pas vraiment l’oeil du visiteur – trop de classique tue le classique en somme. Par contre, quand il s’aventure un peu dans la veine de la sculpture africaine, Kingsley Ogwara sait se montrer vraiment créatif. Comme l’attestent les deux sculptures en bois « Duke » et « Duchess », qui sont un beau mélange entre boiserie traditionnelle – décorée avec des coquillages en guise de bijoux, ce qui leur donne aussi un air de totem – et sculpture contemporaine. En somme, même si l’artiste se cherche encore, on peut lui certifier qu’il se trouve sur la bonne voie.

L’exposition – organisée par la clinique – fait d’une pierre deux coups : d’abord parce qu’elle permet aux personnes, malades ou non, de respirer un peu et puis, en favorisant des artistes d’origine africaines, elle promeut aussi leur intégration et cela non pas dans des cercles élitistes mais dans un lieu du quotidien.

Encore jusqu’au 28 octobre à la clinique Ste-Zithe.


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