CHRISTOPHE WAGNER: Le polar de la gare

« Doudege Wénkel » a remporté son pari haut la main : réaliser un polar luxembourgeois est un exercice qui fait du bien à notre filmographie nationale, tant cela manquait jusqu’à présent.

Pas facile de résoudre le meurtre de son propre frère.

Quiconque ayant gardé un tant soit peu les yeux ouverts ces derniers temps ne pouvait pas manquer le lancement à grands coups de bataille médiatique de « Doudege Wénkel », censé être le premier polar à la luxembourgeoise. Et c’est vrai, dans un certain sens, « Doudege Wénkel », c’est du jamais vu. Plus qu’une enquête criminelle, c’est un vrai polar, dans le sens où les frontières entre le bien et le mal s’effacent et que la police est loin d’être à la hauteur de l’image qu’elle aime bien donner d’elle-même. Au centre de l’imbroglio se trouve Olivier Faber, un jeune flic bien vue de sa hiérarchie pour ses résultats, mais difficile car irritable. Il souffre surtout du harcèlement de ses collègues : qu’il soit un flic homosexuel a succès est un mélange que beaucoup ne supportent pas. C’est pourquoi il frôle la suspension quand il craque et frappe un de ses coéquipiers. Mais une affaire de meurtre de flic le remet droit dans ses bottes. Surtout parce que la victime est son frère, avec lequel il est devenu policier pour satisfaire un voeu de leur père, flic lui aussi et décédé depuis peu.

Son enquête, qu’il mène avec son supérieur et mentor, l’inspecteur Hastert, va vite lui faire découvrir que son frère était à la trace d’un financier obscur, Thomas Beaulieue, un homme d’affaires véreux qui utilise la place financière luxembourgeoise pour cacher ses trafics d’armes. Mais pourquoi un simple flic comme l’était le frère d’Olivier en arrive-t-il à se procurer de telles informations et à monter un dossier aussi complexe ? Et qu’en est-il du passé de Beaulieue, qui, avant de quitter le Luxembourg 40 ans auparavant, portait un autre nom ? Tant d’énigmes que seulement le dénouement tragique peut révéler – pas cet article, en tout cas.

La mise en scène de Christophe Wagner se passe d’expérimentations en tout genre et garde les codes classiques du bon polar à l’européenne : passages glauques sous la pluie abondante, une scène de crime bien sanglante, le milieu de la gare portraité au vif avec ses dealers, maquereaux et prostituées ainsi que l’ambiance à l’intérieur de la police, minée par des luttes internes, la haine qui règne dans ces bureaux tout neufs et tout blancs et des secrets cachés depuis trop longtemps . Dans ce sens, « Doudege Wénkel » est un bon exercice de style. Les personnages sont entiers, complexes et crédibles, même jusqu’aux seconds rôles. C’est surtout le jeu de Jules Werner – qui a certes déjà pu glaner de l’expérience dans différents « Tatort » – qui impressionne. Si au début, on a un peu peur qu’il se noie dans les clichés de l’enquêteur surmené, toujours au bord de la crise de nerfs et fumant clope sur clope, on doit admettre que sa prestation reste constante tout au long du film. Et que le caractère qu’il interprète est plus compliqué que le début du film – et la bande-annonce – ne le laissent entrevoir. Il faut aussi saluer la prestation d’André Jung qui a aussi l’expérience des polars allemands pour avoir joué dans deux épisodes de « Polizeiruf 110 ». Son interprétation du mystérieux inspecteur Hastert va sûrement rester dans la mémoire des spectateurs.

En tout cas, « Doudege Wénkel » a apporté le polar dans notre filmographie nationale, un genre qui y manquait cruellement, et c’est très bien ainsi.

Au Ariston, CinéBelval, Cinémaacher, Kursaal, LeParis, Starlight, Sura et à l’Utopolis.


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