LA GUERRE CONTRE L’IRAK: Qui fait l’affaire de Saddam?

Ne pas soutenir George Bush dans sa croisade contre le dictateur de Bagdad n’est ni synonyme d’anti-américanisme, ni signe de lâcheté envers un dictateur.

Le 26 octobre des manifestations pacifistes sous le mot d’ordre „not in our name“ se dérouleront dans plusieurs villes des Etats-Unis. Si le mouvement de la paix américain a pris quelque temps pour se mettre en place face à l’unilatéralisme affiché de son gouvernement, on peut commencer à y voir certaines lueurs d’espoir. Ce mouvement nous montre qu’on peut parfaitement condamner l’attitude de Washington sans faire dans l’antiaméricanisme primaire.

Ils et elles étaient 15.000 à New York, début octobre, à manifester leur désaccord avec la politique de l’administration Bush envers l’Irak. 15.000, c’est un chiffre considérable pour ce type de manifestation „à contre-courant“, il est même énorme si l’on se rend compte que cette manifestation a eu lieu dans la ville qui a été la cible principale du terrorisme de Al Qaida et qui en comporte toujours les séquelles visibles. Certes les médias américains font pour l’instant tout pour taire ce mouvement. Et les élections de novembre n’arrangent pas les choses: Beaucoup d’élu-e-s démocrates, qui se disent personnellement opposé-e-s à une attaque unilatérale, ont voté pour la résolution qui habilite Bush à utiliser la force contre l’Irak. Il s’agit pour eux de ne pas perdre inutilement des voix de la „majorité silencieuse“ qui pour l’instant soutient encore son président dans cette aventure. Mais l’opinion publique peut bouger, on l’a vu en Grande-Bretagne.

Néanmoins la rapidité avec laquelle les forces militaires sont déployées dans la région du Golfe ne laissent que peu de temps à ceux qui par le débat politique, les campagnes d’information et les manifestations de masse veulent infléchir le cours des choses. En fait, l’administration américaine a longtemps eu recours à un allié parfait dans cette course vers une „solution“ militaire du conflit: Le régime de Bagdad lui-même. Celui-ci reste souverain de ses actes politiques, même si économiquement l’embargo a largement limité son champs de manoeuvre. Par son intransigeance face à un contrôle de ses armes par les inspecteurs des Nations Unies, Saddam Hussein a fait gagner du terrain à Bush et Blair qui ont pu mettre en position aussi bien une véritable machine de guerre qu’une stratégie qui vise à motiver la communauté internationale de participer à une „guerre juste“, ou du moins à l’accepter. Ceux qui croient aux intrigues pourraient même conclure que Hussein a été la meilleure invention des services secrets américains de ces dernières décennies et qu’en fin de compte c’est l’industrie militaire américaine qui en tire ses meilleurs profits.

Bush a déjà une résolution dans sa poche et le risque que le Conseil de Sécurité des Nations Unies adopte également une résolution qui pourrait justifier l’utilisation de la force est réel, même si à l’heure actuelle la France et la Russie affirment encore vouloir faire usage de leur droit de véto.

Peu importe d’ailleurs la teneur exacte d’une telle résolution: Le fait que son vote soit interprété comme un soutien à la politique américaine va irrémédiablement en mettre en marche la machine militaire. Par après on ne va plus se préoccuper d’éventuels états d’âmes des Nations Unies. La deuxième guerre du Golfe et celle du Kosovo ont démontré qu’il est beaucoup plus difficile d’arrêter une guerre que de la commencer.

Mais il ne suffit pas de laisser aux seuls pacifistes américains le travail de mobilisation contre la guerre. Les Européens doivent également émettre des signaux clairs, aussi bien envers les Etats-Unis et leurs responsables, que vers ceux qui escomptent tirer profit d’une course aux armes et veulent faire perdurer un régime qui n’a plus sa place au 21e siècle. S’il reste à prouver que Saddam soit vraiment une menace pour le reste du monde (ce que ses voisins les plus proches ne semblent pas craindre), on peut sans problèmes affirmer qu’il a assez fait souffrir son propre peuple. En manifestant, ce 19 octobre à Luxembourg, nous ferions bien de viser ce double objectif.


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