GUERRE ET PAIX: Next Stop is Irak

La machine de guerre américaine se met en place pour préparer une offensive anti-irakienne que la communauté internationale trouve insensée, mais qu’elle n’est pas prête à condamner ouvertement.

C’est donc établi: dans le plus grand secret, le secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, est en train de se préparer aux conséquences de la guerre contre l’Irak que les Etats-Unis et leur allié britannique sont en train de préparer. Il s’agit de demander auprès d’une dizaine de pays membres de l’ONU une aide de première urgence pour environ 900.000 réfugié-e-s, rapporte le quotidien londonien „Times“: essentiellement des vivres, pour une valeur estimée de 37 millions d’euros. S’il faut saluer l’attitude de l’organisation internationale de se préparer au pire alors qu’il est encore temps, cette entreprise montre aussi que la guerre semble inévitable aux yeux des hauts responsables de l’ONU.

La situation ne pourrait être plus absurde: officiellement les Nations Unies ont envoyé des inspecteurs en Irak pour vérifier si ce pays dispose d’armements qui lui sont interdits. L’enquête, qui n’est en cours que depuis quelques semaines, n’a jusqu’à présent pas apporté de preuve qui aille dans ce sens. Elle n’a pas non plus établie le contraire: l’Irak est un pays bien trop vaste et trop peuplé pour en faire l’inventaire complet en quelques jours.

Le fameux rapport que l’Irak a produit à ce sujet ne serait pas complet, nous disent les responsables américains. L’Irak n’aurait pas apporté les preuves matérielles pour la destruction d’armes chimiques et biologiques dont le pays disposait à l’époque. Aussi n’aurait-il pas donné d’explications suffisantes pour des fournitures d’uranium … procurées dans les années 80.

En demandant l’impossible à l’Irak et aux inspecteurs sur place et en préparant simultanément la guerre (et l’après-guerre), que peut donc conclure le dictateur en place: la guerre aura lieu de toute façon. Car il ne s’agit pas des armes dont on veut se défaire, mais bien de Saddam lui-même. Les autres gouvernements qui, certes regrettent la rapidité avec laquelle Bush est en train d’établir des faits accomplis, ne font rien pour arrêter la machine de guerre, et participent de façon plus ou moins ouverte aux préparatifs – Otan oblige.

Même les pays arabes voisins, qui s’étaient en 1991 alliés aux américains pour combattre l’Irak suite à l’invasion du Koweï t, se plaignent de l’initiative américaine, sans pour autant y faire obstacle.

Les médias rapportent en long et en large les préparatifs de cette guerre inévitable. N’est-ce pas symbolique qu’une des premières victimes en soit un reporter, écrasé par un char lors d’une manoeuvre?

Mais qui, à part Bush et son entourage, veut vraiment cette guerre? L’opinion publique américaine? Peut-être. Mais sait-elle vraiment à quoi elle va mener? Une étude de l’US Army War College le dit clairement: la guerre contre l’Irak ne sera pas une répétition du „modèle afghan“, mais causera la mort de dizaines de milliers de soldats des deux côtés: des alliés armés locaux, telle l’alliance du nord en Afghanistan, qui pourraient faire la sale besogne sur place, n’existent pas. Cette étude est passée sous silence, car elle dérange l’image d’une Amérique forte, qui veut oublier le 11 septembre et qui est prête à tout.

En Europe, l’opinion publique, même sur les î les britanniques, est bien plus réservée. Après la guerre de 1991 et celle contre la Yougoslavie, on ne croit plus au guerres „propres“ et, surtout l’on comprend que le but affiché de cette guerre – se défaire de Saddam Hussein – ne justifie en rien les moyens mis en place.

Ce qui rend anxieux, c’est la rapidité avec laquelle les américains déploient leurs forces dans le région, alors qu’ils ont „toléré“ Saddam pendant une dizaine d’années. Peut-être Bush est-il conscient que l’opinion publique américaine ne lui sera plus si favorable, une fois les conséquences d’une guerre discutées en public. Surtout à long terme, la déstabilisation de la région du Golfe se fera ressentir jusque dans les foyers les plus retirés de l’Amérique profonde. Mais lorsque les premiers cerceuils vont retourner aux Etats-Unis, il sera bien trop tard pour réfléchir à d’autres moyens pour se défaire d’un dictateur, qui était pendant longtemps un allié sur lequel on comptait beaucoup.


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