Costa-Gavras: Amen

Après la polémique suscitée par son affiche, il est presque impossible d’aborder „Amen“ de Costa-Gavras sans son cortège d’opinions diverses.

Ricardo Fontana (Mathieu Kassovitz) face aux sourdes oreilles du Vatican.

Seuls contre l’indicible

Etait-il utile de prolonger le symbole de la croix catholique par les branches de la croix gammée? Etait-ce si important d’en faire tout un foin? A cela, sans vouloir prolonger le débat, on serait tenté d’ajouter qu’il est étonnant de voir une Eglise s’offusquer à ce point du détournement d’un symbole, alors qu’il est question du silence de cette dernière sur des faits bien réels.

Sujet délicat, s’il en est, pour Costa-Gavras, qui s’est fait une spécialité des thématiques engagées, mettant en scène des individus confrontés aux dérives des pouvoirs en tous genres et sous toutes les latitudes. „Amen“ s’inscrit logiquement dans la continuité de cette ´uvre.

Adapté de la pièce de théâtre „Le Vicaire“ de Rolf Hochhuth, qui fit déjà scandale, „Amen“ retrace l’histoire de deux hommes, pris dans la tourmente de la Seconde Guerre Mondiale, qui tenteront de lutter contre les systèmes dont ils font partie. Le premier, Kurt Gernstein (Ulrich Tukur), chimiste de formation, est devenu SS sous l’insistance de son père. Découvrant avec effroi l’entreprise d’extermination des Juifs à laquelle le docteur Mengele l’invite à participer en améliorant et en fournissant le gaz meurtrier, Gernstein n’aura de cesse d’informer par tous les moyens possibles les Alliés, le clergé allemand, et bientôt le nonce apostolique à Berlin, qui s’obstinera à faire la sourde oreille. Le second, Ricardo Fontana, un jeune jésuite, personnage fictif joué par Mathieu Kassovitz, prête l’oreille à l’officier SS et tente à son tour d’alerter les hautes instances catholiques du Vatican. C’est dans les coulisses de cette cité que se croiseront diplomates des pays alliés et pontes de l’Eglise, tous coupables de savoir sans y croire, chacun pour des raisons différentes, refusant d’adopter une position claire. Le pape, quant à lui, se contenta d’une allusion aux peuples persécutés en raison de leur race, sans jamais prononcer le mot „Juif“ ni condamner le génocide.

Pourquoi ce silence coupable?

Ce refus de nommer, de condamner en tant que chef spirituel? D’aucuns prétendent que Pie XII était trop attaché au peuple allemand pour se résoudre à le juger publiquement ou encore, qu’il avait peur de voir la furie nazie se retourner contre les catholiques et les biens du Vatican. Le père Blet, professeur émérite à l’Université pontificale et auteur de „Pie XII et la Seconde Guerre Mondiale“ (Perrin 1997) avance qu’il est „étonnant que des gens qui se moquent pas mal de ce que dit le pape aujourd’hui puissent croire que devant un froncement de sourcil de Pie XII, Hitler se serait mis à genoux comme un enfant de choeur“.

Finalement, au-delà de toutes ces considérations, ce que l’on reproche à Pie XII, c’est de ne pas avoir tenu son rôle de guide spirituel en pratiquant la langue de bois et surtout, d’avoir laissé l’Eglise s’enliser dans les contradictions, entrouvrant une porte dérobée à quelques Juifs chanceux, entrebâillant une autre pour couvrir la fuite des responsables du génocide.

Sur la forme, le film de Costa-Gavras pèche par une mise en scène parfois trop théâtrale et par une symbolique pesante, notamment avec la redondance du passage des trains pleins dans un sens et vides dans l’autre. Une tentative néanmoins réussie de nous faire ressentir tout le poids de la culpabilité, de la douleur et de l’impuissance endossées par Kurt Gernstein et Ricardo Fontana. Amen.

Séverine Rossewy


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