Aide à la presse : En attente d’une loi

La réforme de l’aide à la presse a souvent été thématisée dans nos colonnes. Tout en restant critique par rapport aux textes proposés, il faut néanmoins appeler à l’urgence.

Il y a un peu plus d’un mois, nous avons lancé auprès de nos lectrices et lecteurs une campagne de soutien de notre projet. Cet appel ressemble quelque peu à ce qu’on a dû faire il y a un peu plus d’un quart de siècle : quand notre prédécesseur le GréngeSpoun s’était transformé en hebdomadaire et avait rempli pendant une année toutes les conditions prévues par la loi sur l’aide à la presse, il était en phase de devenir la première publication nouvellement créée à accéder à ce système sans être édité par une des grandes maisons d’édition. Un projet indépendant et autogéré, édité par une société coopérative dont les membres ont le même droit de vote, indépendamment de l’apport financier apporté au projet.

Des règles du jeu qui ne servent pas à garantir le pluralisme dans les médias.

Or, le ministre des Médias de l’époque refusa l’octroi de l’aide, en interprétant les critères d’éligibilité de telle façon que le jeune projet n’avait aucune chance de les remplir. C’est donc la juridiction administrative qui a dû trancher en notre faveur. Seulement, le jugement n’eut lieu que cinq ans après les débuts de l’aventure. Pendant tout ce temps, le GréngeSpoun a continué à paraître semaine après semaine, pour que les conditions d’éligibilité restent respectées. Ceci n’a été possible que grâce à des prêts à long terme sans intérêts accordés par des citoyen-ne-s qui n’avaient pas encore perdu tout espoir en l’État de droit. Heureusement, ces derniers et dernières ont eu raison, mais il a fallu attendre 2009 pour que toutes les dettes accumulées dans cette phase initiale puissent être apurées par des remboursements dont les montants auraient autrement pu servir à innover.

Ce petit rappel historique pour expliquer que la situation actuelle connaît des similitudes, mais aussi des différences : l’existence même de notre hebdomadaire n’est pas aussi menacée qu’à l’époque, où il fallait partir de zéro. Mais elle reste quand même dramatique, dans le sens où nous nous voyons obligé-e-s de respecter des règles du jeu qui ne servent pas la cause pour laquelle elles ont été initialement pensées : garantir le pluralisme dans les médias.

Depuis un certain nombre d’années, nous savons que l’avenir des médias imprimés nécessite une intégration du print et de l’online et non pas leur mise en concurrence. Or, pour notre projet online, nous sommes obligé-e-s de ne pas réutiliser le contenu réalisé spécifiquement en ligne pour l’édition imprimée du woxx. Nous savons tous pourtant que les publications online ne permettent pas de dégager des revenus suffisants pour maintenir en vie la pluralité de telles publications.

Cependant, pour respecter le règlement sur la presse en ligne, nous devons priver nos abonnés print, qui eux contribuent financièrement au projet, des contenus publiés sur l’internet. En plus, nous devons appeler toutes celles et tout ceux qui permettent l’existence de l’édition print à aussi soutenir l’édition online, car on nous impose de dépenser pour cette dernière deux fois le montant reçu par l’État, alors que cet argent pourrait servir à la structure commune.

Une nouvelle loi sur l’aide à la presse pour réformer l’ancien système, qui n’était plus équitable par rapport aux petites publications, et devrait permettre de mieux faire coexister les différentes formes de publication est promise depuis longtemps. Mais elle se fait attendre, ce qui oblige celles et ceux qui ne veulent pas abandonner leur projet à se doter de patience et à trouver ailleurs des ressources pour survivre – comme nous avions dû le faire dans les années 1990.

La publication d’un journal est toujours un fin jeu d’équilibre entre des revenus en baisse, pour des raisons connues, et des projets et idées innovatrices qui peuvent attirer un nouveau lectorat. Cet équilibre est sous pression depuis un certain temps, et il suffit parfois de peu de choses pour qu’il s’écroule, comme on l’a vu cette année avec la disparition du Jeudi.

P.S. : Nous profitons de l’occasion de ce double numéro de fin d’année pour souhaiter une bonne année à nos lectrices et lecteurs. Un merci spécial à celles et ceux qui ont déjà contribué suite à notre appel.

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