Exposition collective : Me and the Devil

Prolongée au Casino, l’exposition « L’homme gris » permet d’explorer les liens tendus entre les mythes de Satan et les humains. Une exposition haute en couleur comme on les aime.

© Iris Van Dongen

Honnêtement, quoi de mieux en ces temps gris et pandémiques qu’une petite balade au musée ? Le temps de se ressourcer un peu l’âme brouillée par des mois de confinements, déconfinements, semi-confinements et autres mesures pandémiques et de retrouver la beauté, l’air pur et le partage. En ce cas, « L’homme gris » n’est pas pour vous – car l’exposition que présente le Casino est destinée à vous confronter à ce que l’humanité a inventé de plus mauvais et de plus dangereux : le diable.

Peu étonnant d’ailleurs, vu que le curateur de l’exposition, Benjamin Bianciotto, est aussi docteur en histoire de l’art de la Sorbonne et que le titre de sa thèse, « Figures de Satan : l’art contemporain face à ses démons, de 1969 à nos jours », laisse présumer un certain penchant pour les sciences occultes et leur traitement artistique.

La question est de savoir pourquoi cette figure de Satan exerce encore et toujours une telle attirance dans des sociétés occidentales de plus en plus sécularisées. Autrement dit : pourquoi le diable existe-t-il toujours quand Dieu s’efface petit à petit ? La référence à l’homme gris, extraite du conte « Peter Schlemihls wundersame Geschichte » d’Adalbert von Chamisso – où un jeune homme vend son ombre à un homme gris, qui n’est autre que Satan, en échange d’une bourse de pièces d’or qui ne se vide jamais – est une indication. Tandis que la croyance dans la justice divine et le bien s’effondrent, le mal reste lui toujours présent.

C’est Jan Fabre, chorégraphe, artiste et enfant terrible notoire qui salue le public avec un autoportrait sur les premières marches d’escalier qui mènent au premier étage du Casino, entièrement dédié à l’expo. Parmi les œuvres les plus impressionnantes, citons les tableaux de l’artiste néerlandaise Iris Van Dongen. Des portraits de femmes apparemment hauts en couleur, mais dont le visage reste en retrait, méconnaissable et noirci derrière un écran de chevelure. Une esthétique sortie des films d’horreur asiatiques comme « The Ring », mais qui paie aussi un tribut à celle du metal – le genre de musique où le diable ne peut se permettre d’être absent et qui a eu sa part dans la banalisation de sa figure.

Question portraits inquiétants, citons aussi ceux de Jérôme Zonder, l’artiste parisien dont la spécialité est le dessin en noir et blanc au crayon, au fusain ou simplement avec ses doigts. Ses visages tordus, décomposés et pourtant si humains procurent une vive sensation d’horreur mêlée à l’intime. On s’y reconnaît et on est repoussé dans le même temps.

Impressionnantes aussi, les cinq poupées de l’artiste française Gisèle Vienne. Allongées par terre dans des cercueils de verre, elles s’apparentent à des gisantes moyenâgeuses qui seraient transposées à notre ère. Toutes des jeunes filles, des enfants en somme, elles mettent en évidence la relation entre la fragilité et l’horreur. C’est un peu comme un accident de voiture qu’on ne peut s’empêcher de regarder.

Finalement, parmi les 116 pièces exposées, retenons celle de la fin du parcours des ténèbres, « L’homme double », de l’Écossaise Christine Borland. Artiste conceptuelle, Borland a demandé à six sculpteurs de lui fabriquer un buste d’un des hommes les plus maléfiques du 20e siècle – le docteur Mengele. Exposées avec les portraits photographiques du criminel de guerre nazi et les lettres de commande, les œuvres font littéralement baisser la température de la pièce.

« L’homme gris » vaut définitivement une visite, car ce n’est pas une exposition basée sur les références business des artistes, comme on en voit un peu trop au grand-duché, mais une véritable plongée dans des découvertes.

Jusqu’au 6 juin au Casino.

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