Julia Elisabetta Pitterman (Volt Luxembourg) : « La diversité culturelle, un système qui gagne »

En vue des élections européennes 2019, le woxx interroge une ou deux jeunes candidates toutes les semaines. La série débute avec Julia Elisabetta Pitterman de la liste Volt Luxembourg.

Photo : Volt

woxx : Votre candidature pour Volt Luxembourg lors des élections européennes marque le début de votre carrière politique. Pourquoi ce choix ?


Julia Elisabetta Pitterman : La situation actuelle de l’Europe offre un moment opportun pour entrer dans le monde politique. Volt est le fruit d’une dynamique jeune qui est née au moment du Brexit, née de l’idée qu’il faut changer l’Europe à tous les niveaux. On valorise la démocratie, l’engagement des jeunes, le dialogue avec la société civile, la transparence et la diversité. Pourquoi Volt Luxembourg? En fait, je me reconnais dans la multiculturalité luxembourgeoise. C’est le pays européen qui correspond le plus à mon histoire personnelle : Je suis une jeune femme italo-
franco-américaine. La diversité culturelle comme elle est vécue au Luxembourg, c’est un système qui gagne. Il faut l’exporter dans toute l’Europe. Je veux donner une voix à notre pays, en tenant compte des 48 pour cent d’étrangers vivant au Luxembourg, et à toutes les femmes encore trop souvent sous-représentées en politique.

Que faudrait-il pour que l’égalité des sexes soit atteinte en Europe ?


Tout d’abord, le discours sur la femme dans la politique doit changer. Il ne suffit pas de faire du bruit, il nous faut des mesures politiques et du « networking » renforcé entre les femmes et les hommes féministes. Le débat sur l’égalité hommes-femmes et sur l’abus sexuel est toujours traité comme un tabou, mais il ne l’est pas. La politique européenne n’insiste pas assez sur ces sujets. La directive sur la parité des listes des candidats est un début. Le Luxembourg l’applique bien, mais d’autres pays européens n’y réussissent pas. Pour l’instant, uniquement 36 pour cent des « Members of the European Parliament » sont des femmes : il ne s’agit donc pas d’une représentation réelle de la société. En outre, il est nécessaire d’appliquer des outils pratiques pour franchir les obstacles dans le monde du travail, comme le « gender pay gap » qui atteint en moyenne 16 pour cent en Europe. Bien entendu, il existe déjà différentes initiatives et des groupes de travail au Parlement européen qui traitent ces sujets, mais j’opte plutôt pour un type de coalition paneuropéenne non institutionnalisée de femmes et d’hommes féministes de tous âges, qui intègre aussi les voix de la société civile. Il nous faut plus de « working groups » et du « partnership » dans tous les secteurs d’activité.

Quels sont les autres défis européens qui vous tiennent à cœur ?


La migration et l’éducation. Le discours sur la crise migratoire manque d’une approche humaniste. Nous devons pousser contre les bombardements médiatiques des partis populistes et inverser le discours. Ayant vécu au Kenya pendant cinq ans et en Israël pendant les guerres de 2012 et 2014, j’ai observé aussi bien d’importants conflits que la pauvreté de tout près. La décision de ne pas aider les personnes en détresse contredit toute idée d’humanité. L’Europe a besoin d’un système d’intégration qui valorise les différents talents des migrants européens aussi bien que ceux des ressortissants des pays tiers. Chaque personne, surtout les jeunes, peut apporter une valeur ajoutée à l’Europe.

Et quel changement envisagez-vous pour l’enseignement ?


Le système éducatif européen doit être révisé. Il est actuellement trop standardisé. L’enseignement doit être adaptée aux exigences actuelles, comme la digitalisation ou les compétences de la vie en commun. Au-delà, nous devons offrir des options individualisées ainsi qu’élaborer le principe du « life long learning », qui permettra à tout le monde de s’insérer professionnellement dans la société, indépendamment de son sexe, ses origines ou son âge.

Est-ce qu’au niveau politique, l’Europe est capable de réaliser ces changements ?


L’Europe doit adapter son mode de fonctionnement, notamment donner plus de pouvoir législatif au Parlement. La société civile doit se sentir représentée et prise au sérieux dans toute sa diversité. Ceci empêcherait des frustrations qui mènent à un désespoir collectif. L’objectif pour les prochaines années est de créer un précédent positif qui servira aussi aux générations futures.

Julia Elisabetta Pitterman (25 ans) vit au Luxembourg depuis un an et demi. Née à Bujumbura (Burundi), elle a fait un bachelor en « Diplomacy & Strategy, International Affairs and Conflict Resolution » à l’université IDC Hezliya (Israël) et un master en « International Security, Concentration in Defense & Security, Economics and Global Risks » à l’Institut d’études politiques de Paris en 2018. Au-delà de ses études en matière politique et différents engagements de community building, elle s’engage politiquement depuis un an.


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