Mobilité et handicap : « On a tous besoin les uns des autres »

Bien que les transports en commun deviennent de plus en plus accessibles aux personnes à mobilité réduite, les efforts ne sont pas encore suffisants. Nous en avons parlé à Info-Handicap.

Une véritable politique de transports publics accessibles doit aussi prendre en compte les chemins à parcourir pour arriver aux arrêts de bus. (Photo : Wolfgang Eckert/pixabay)

woxx : Où en est-on aujourd’hui de l’accessibilité des transports publics au Luxembourg ?


Fabienne Feller : Disons que la situation s’est vraiment fortement améliorée depuis 2001, avec la loi sur l’accessibilité des lieux ouverts au public. Cette loi spécifie que tous les lieux ouverts au public, s’ils sont financés complètement ou en partie par des pouvoirs publics, doivent répondre aux critères d’accessibilité pour les personnes en situation de handicap. Ce qui fait que maintenant, par exemple, quand une commune doit racheter des bus, elle achète systématiquement des bus à plancher bas et elle aménage les arrêts en fonction du fait que ceux-ci ont un plancher bas. De plus, il y a une signalétique mise en place dans les bus, les trains et le tram pour que les personnes aveugles puissent entendre l’annonce sonore et pour que les personnes sourdes puissent lire l’annonce visuelle. Pour les personnes qui ont un handicap mental, le fait de voir l’annonce, de l’entendre et d’éventuellement aussi pouvoir parler au chauffeur du bus facilite l’accessibilité. En ce qui concerne les trains, tout nouveau matériel est accessible pour que les fauteuils roulants puissent entrer et sortir. La voiture accessible aux fauteuils roulants est à hauteur du quai ou bien dispose d’une rampe.

Il y a donc une vraie politique de transports publics accessibles ici au Luxembourg ?


Certainement. La législation européenne, donc la réglementation sur le droit des personnes à voyager dans de bonnes conditions, dit que les infrastructures doivent être aménagées, doivent être accessibles, et que le personnel doit être formé aux besoins des personnes en situation de handicap. Au Luxembourg, tous les accom-
pagnateurs dans les trains, les agents de la Mobilitéitszentral, le personnel qui organise la circulation des gens sur les quais, toutes ces personnes-là sont formées aux besoins des personnes en situation de handicap. C’est-à-dire qu’elles sont sensibilisées pour comprendre à quel point il est important d’intégrer tout le monde dans les transports : c’est une source d’autonomie, une liberté, un droit pour chacun. Elles comprennent aussi qu’il y a de petits gestes à apporter pour mettre à l’aise et pour aider une personne en situation de handicap. Donc, par exemple, quand vous vous adressez à une personne aveugle qui connaît très bien les infrastructures, vous proposez simplement votre aide, vous ne l’imposez pas. Vous demandez à la personne si elle veut être guidée, de quel côté, de quel bras, vous lui indiquez s’il y a une marche, etc. C’est vraiment une formation très pratique pour être plus à l’aise avec tous les voyageurs. On fait ça aux CFL depuis 2007, entre deux et quatre formations par an.

Vous venez de mentionner beaucoup de points positifs. Y a-t-il aussi des aspects qui pourraient être améliorés ?


La difficulté pour une personne en situation de handicap est qu’elle a besoin d’une chaîne qui soit respectueuse de ses besoins. Donc, une personne aveugle qui va partir de chez elle va circuler sur les trottoirs, elle va aller à la gare, de la gare elle va prendre un bus et du bus elle va aller sur son lieu de travail. Et là, il faut que tout le chemin soit accessible. Parfois, il manque encore des raccords. Le but est un vrai ‘design for all’ : concevoir un environnement adapté à tout le monde, pour qu’on ne soit par exemple pas coincé dans une gare parce qu’il y a trois trottoirs à traverser pour aller au bus. Dans certains endroits, la chaîne n’est pas encore tout à fait terminée. Ce qui peut également poser des problèmes, ce sont les changements : s’il y a une déviation sur le chemin du bus, si le train part une heure plus tard. Tous ces changements doivent être annoncés en considérant qu’il y a des personnes en situation de handicap qui veulent prendre ce train-là ou ce bus-là.

Ces derniers mois, il y a eu beaucoup de critiques envers le service Adapto, qui a été réformé récemment. Que pensez-vous de ce service ?


Le service Adapto est franchement génial. Maintenant, nous, on prône quand même que les transports publics soient vraiment accessibles et faciles à utiliser, pour qu’il y ait de moins en moins de personnes qui prennent l’Adapto. Une personne en fauteuil roulant qui décide de rester plus longtemps au travail peut prendre le train de six heures au lieu de celui de cinq heures. C’est simple comme bonjour. Quand on prend l’Adapto, on doit calculer le nombre de courses auxquelles on a droit, on doit réserver – c’est une organisation bien moins spontanée que le transport public. Pour beaucoup de gens, l’Adapto est très chouette, pour d’autres, il symbolise un transport à côté des transports. Je pense quand même qu’il ne faut pas exagérer dans la volonté que tout soit accessible. Dans la vie de tous les jours, il y aura toujours des personnes qui auront une terreur de prendre les transports publics et qui n’arriveront pas à la surmonter. Pour les uns, l’Adapto est une étape ; pour les autres, c’est une bonne solution à long terme, il faut respecter cela.

Depuis quelques mois, les critères pour bénéficier d’une carte Adapto ont changé. L’association a-t-elle été contactée par des gens qui n’ont pas reçu de nouvelle carte ?


Oui. Il y a des gens pour qui les circuits administratifs sont devenus plus compliqués. Avant la réforme, il était beaucoup plus facile de recevoir une carte Adapto. Je ne sais pas si c’est une excuse ou pas, mais le gouvernement a peur des abus. Moi, personnellement, je ne vois pas ce risque : si déjà une personne fait cette démarche et admet être dans une situation où elle ne peut pas utiliser les transports en commun, elle dit la vérité.

Y a-t-il des cas où la décision de retirer la carte a été contestée avec succès ?


Oui. La commission des cartes évalue les demandes au cas par cas, elle est quand même assez conciliante. Il y a eu aussi des problèmes concernant le permis de conduire. Normalement, on doit renoncer à celui-ci pour pouvoir accéder à l’Adapto. Cela peut être difficilement vécu par des personnes qui ont des maladies évolutives, des maladies avec lesquelles il y a un pic d’immobilité tout en restant mobile à d’autres moments. Là aussi, la commission des cartes a décidé dans certains cas d’accorder l’accès à l’Adapto à des personnes qui disposent d’un permis de conduire.

Photo : Public domain/piqsels.com

Dans le cadre de la Semaine européenne de la mobilité pour tou-te-s, Info-Handicap va lancer une campagne de sensibilisation. Quel en est l’objet ?


Il y a dix ans, Info-Handicap a pour la première fois participé à la Semaine européenne de la mobilité avec une campagne, et depuis nous en avons lancé une nouvelle chaque année. L’association a eu la chance d’être à chaque fois soutenue financièrement par la Ville de Luxembourg. Cette année, on a travaillé de nouveau avec la commune sur une idée : le respect envers les personnes en situation de handicap dans les transports publics et le respect en général entre tous les voyageurs. On voulait attirer l’attention sur le fait qu’il y a toute une série d’infrastructures qui sont mises en place pour faciliter l’autonomie des personnes en situation de handicap. Par exemple la ligne de guidage tactile pour les aveugles : il faut la laisser libre pour les aveugles. Les rampes pour monter dans le bus : il ne faut pas monter tous sur la rampe en attendant que le fauteuil roulant passe, il faut laisser passer la personne en fauteuil roulant. Donc, on veut sensibiliser aux petits gestes d’empathie, de solidarité, d’entraide qui font que le voyage est plus agréable. Il y a beaucoup de gens qui, à cause de leurs casques et de leurs GSM, ne voient pas ce qui se passe autour d’eux. On voulait faire une campagne qui insiste sur le fait qu’on a tous besoin les uns des autres, et qu’il est important d’être attentif à ce qui se passe autour de soi.

Depuis 1993, Info-Handicap sensibilise par rapport aux droits des personnes en situation de handicap. Dans le cadre de la Semaine européenne de la mobilité, qui cette année se déroule entre le 16 et le 22 septembre, l’organisation thématise davantage les transports en commun. Fabienne Feller est la coordinatrice en mobilité d’Info-Handicap.


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