Photographie : The World Is Not Enough

Neimënster présente en exclusivité les lauréats du dernier concours « World Press Photo » en date. Une authentique revue de presse sous le format du journalisme visuel.

Photo : Nuno Lucas da Costa

L’image d’un jeune baigné par les lumières de téléphones portables pendant qu’il récite un poème, au milieu d’une manifestation pacifique contre la coupure des services internet instaurée par le régime militaire du Soudan, a remporté le prix de la photo de l’année. L’auteur en est le japonais Yasuyoshi Chiba, responsable de la photographie à l’AFP pour l’Afrique de l’Est et l’océan Indien. « Straight Voice », la photo prise le 19 juin 2019 à Khartoum, capitale du Soudan, a convaincu le jury par son caractère poétique, illustrant à la fois le pouvoir de la jeunesse et de l’art. Le jury a aussi expliqué que cette même image symbolise « l’agitation de personnes à travers le monde qui réclament un changement ».

En parcourant l’exposition dans la cour centrale et les salles voûtées de l’abbaye de Neumünster, on s’aperçoit que 2019 fut une année faste en mouvements sociaux. Que ce soit en Algérie, au Chili ou encore à Hong Kong, il ne manque plus que les weekends successifs de protestation des Gilets jaunes. Néanmoins, l’édition de 2020 du concours « World Press Photo » est également transversale, abordant d’autres sujets aussi divers et non moins sensibles que la crise socioéconomique au Venezuela, les anciens prisonniers traumatisés de l’organisation État islamique, les incendies ravageurs en Californie et en Australie, la menace d’extinction de certaines espèces animales, les attentats terroristes de Nairobi et du Caire, le crash d’un avion d’Ethiopian Airlines, les talibans d’Afghanistan et la question du vieillissement de la population japonaise, entre autres.

Au total, pas moins de 4.282 photojournalistes ont soumis quelque 74.000 photos au concours. Quarante-quatre professionnels provenant de 24 pays ont été récompensés. Outre la photo et le reportage de l’année, le concours inclut encore huit catégories : environnement, sujets contemporains, nature, portraits, actualités, sport, projets à long terme et informations générales. À Neimënster, le visiteur et la visiteuse peuvent observer pas moins de 157 photos.

La présentation est sobre. Secondées de textes explicatifs contextualisant les images, les photos sont, comme le disait Martine Franck (épouse d’Henri Cartier-Bresson), « un fragment de temps qui ne reviendra jamais ». Même si a priori l’expo ne se destine pas à être la plus feel-good qui soit, elle fascine par la force de la simplicité et beauté des clichés exposés. Ici, pas d’artificialité ni de selfies inutiles, mais la réalité crue et non floutée du monde qui nous entoure. Le visiteur et la visiteuse auront bien sûr compris que nous sommes dans l’ère pré-Covid. On se rend compte que pour l’année qui vient de s’écouler, le coronavirus a relégué au deuxième ou troisième plan des situations de pure détresse et de calamité, pendant que d’autres se plaignaient de leur confinement, participant à des apéros sur Zoom ou encore se gavant de séries à longueur de journée sur Netflix.

Confinement et déconfinement mis à part, au Grund il est possible de se livrer à un voyage autour du globe sans test PCR (juste un masque) dans un passé récent qui semble pourtant lointain. On pourra également apprivoiser les recoins de ces souvenirs avec l’excellent catalogue en vente sur place. Les faits qui s’y présentent et surtout notre actualité virale donnent plus que jamais raison à Sénèque, qui prônait que « la vie, ce n’est pas d’attendre que l’orage passe, c’est apprendre à danser sous la pluie ».

À Neimënster, jusqu’au 21 février 2021.
Voir également en ligne : 
worldpressphoto.org/collection/photocontest/winners/2020

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