Politique européenne : Les petits pas

Un paquet anticrise pas assez vert ? Oui, mais là n’est pas l’essentiel. Pour surmonter la crise de confiance économique et sociale, il aurait fallu faire du maximalisme budgétaire.

Wikimedia/Fructibus/PD

Un sommet long, héroïque, avec un happy end au bout… Pas tout à fait, puisque les partis et ONG dédiés à des causes écologiques se plaignent. Greenpeace déplore ainsi que les gouvernements auraient laissé passer « l’opportunité d’une reprise juste et écologique ». Et effectivement, en cherchant un compromis entre pays « généreux » et pays « ringards », on a procédé à des coupes dans des fonds « verts ». Le « Just Transition Fund » a par exemple été réduit de moitié.

La bonne nouvelle est cependant que 30 pour cent des fonds du paquet anticrise devront être dépensés pour des mesures combattant le changement climatique. Et pour le reste des dépenses, le principe du « do no harm » − ne rien faire qui ait un effet négatif – a été confirmé. Reste à définir avec précision quelle dépense est considérée comme « verte » et à partir de quel point on considère une mesure comme malfaisante – les ONG redoutent les possibilités de tricher.

Cela apparaîtra suffisant aux adeptes de la politique des petits pas, confiant-e-s dans le fait que la main invisible du marché nous mènera vers une économie zéro carbone. Quant aux autres, ils et elles mettront leur espoir dans une prise de conscience politique : car à leurs yeux, une restructuration profonde et volontariste de nos sociétés et économies est indispensable. Le plan de relance adopté ne serait qu’un début – encore que la manière dont les fonds verts ont été sacrifiés augure mal des chances d’aller plus loin. Ce qui les inquiète surtout, ce sont les fameux points de basculement, quand la montée progressive des températures conduit à une autoaccélération de l’effet de serre, par exemple quand la fonte des calottes glaciaires libère du méthane.

Cela dit, sur le plan écologique, une « transition par le haut », c’est-à-dire s’appuyant sur et préservant nos sociétés prospères et technologisées, reste possible après l’adoption du paquet anticrise. Dans d’autres domaines par contre, la situation est compromise.

Politiquement, le sommet a été marqué par l’exemple qu’ont statué les « Frugal Four », auxquels s’est jointe la Finlande. Il s’agit des pays réticents à la solidarité budgétaire entre partenaires européens. Souvenons-nous que, lors du sommet de Maastricht en 1991, le consensus entre la France et l’Allemagne d’aller vers « plus d’Europe » − un « plus » malheureusement ultralibéral – a été décisif. Or, cette fois-ci, le « moins d’Europe » a tenu tête à l’axe Paris-Berlin. Cela mettra sous pression Angela Merkel et Emmanuel Macron dans leurs propres pays et gênera toute nouvelle avancée vers une Europe plus solidaire.

Certes, à première vue, le fait que l’Europe s’endette « ensemble » à travers des « corona bonds », afin d’augmenter les dépenses publiques, crée un précédent prometteur. Hélas, dans le domaine financier et économique aussi, il y a des points de basculement. Au stade actuel de la crise économique, on ne peut que redouter les effets à moyen terme des ravages laissés par le confinement. De surcroît, la perspective d’une seconde vague inquiète l’ensemble des acteurs-trices économiques, ménages aussi bien qu’entreprises et investisseurs-ses. Ces inquiétudes, les paquets anticrise doivent les dissiper, et pour cela, la « frugalité » budgétaire ne devrait même pas être une option.

Dans le domaine financier et économique aussi, il y a des points de basculement.

Avec un paquet européen trop modeste, les paquets nationaux des pays les plus touchés n’iront pas loin. Et alors, comme le méthane libéré en quelques endroits seulement, le cercle vicieux de l’appauvrissement et du désinvestissement déclenché dans quelques pays pourrira le climat économique de l’Europe tout entière. Il sera alors trop tard pour faire encore quelques « petits pas » en direction de plus de solidarité. Ce qui finira également par affecter la perspective d’une transition écologique « par le haut ». En effet, si le tissu économique et social se décompose, le substrat dans lequel une transition technologisée doit s’enraciner fera défaut. Ce ne sont donc pas les quelques coupes dans les budgets verts qu’il faut critiquer, c’est bien la taille trop modeste du paquet dans son ensemble qui met en danger notre avenir tant économique qu’écologique.


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