Le LSAP en campagne : Qui est Étienne Schneider ?

Grand rassembleur de la gauche ou traître de son héritage ? Copain des patrons ou relais des revendications syndicales ? Les interviews et controverses des derniers jours permettent d’y voir plus clair.

(Photo : lsap.lu)

« Le CSV n’est pas un parti progressiste. Il joue sur la peur de l’avenir des gens… » En critiquant son adversaire dans une interview avec le Tageblatt, Étienne Schneider définit aussi son propre parti : « … au lieu de leur offrir un espoir, de proposer des idées pour un avenir dans l’âge de la digitalisation. » Progressiste, Schneider l’est, et pas seulement par son attitude positive envers le progrès technologique. Sur les questions sociétales aussi, il a toujours plaidé pour un Luxembourg tolérant et ouvert – une position qui constitue un peu le ciment de la coalition gouvernementale actuelle.

Incarner ce Luxembourg moderne face à une droite prônant le repli sur soi, l’actuel vice-premier ministre serait bien placé pour le faire. L’évocation d’un mouvement de type « En marche » au Luxembourg au détour d’une interview de Paperjam vient d’ailleurs de créer un buzz médiatique. L’idée coule de source – Étienne Schneider incarne, comme Emmanuel Macron, une social-démocratie centriste et libérale – et le woxx l’avait déjà évoquée en octobre dernier.

La réflexion apparaît aussi comme issue d’une analyse politique lucide, surtout en considérant les explications de Schneider dans le Tageblatt. Le politicien y évoque un possible résultat électoral avec un CSV « surdimensionné » et rien que des partis « réduits en miettes » lui faisant face. Dans ce cas, plutôt que d’être « condamné à faire les ‘junior partner’ » dans des coalitions changeantes avec le CSV, les autres partis devraient constituer un bloc progressiste.

Alors, Étienne Schneider, grand rassembleur ? Grand polarisateur aussi, car sur le plan social, ses positions sont souvent critiquées par l’aile gauche du parti. Ainsi, pour Nico Wennmacher, un des chefs de file des « frondeurs » du LSAP, Schneider ne convient pas comme tête de liste aux prochaines élections. Selon la radio 100,7, Wennmacher souhaite que son parti s’affiche avec des personnes plus engagées en faveur de la justice sociale.

Mal aimé à gauche

Quant aux dix auteur-e-s de l’appel « Repenser le LSAP », ils et elles ne s’en prennent pas directement à Schneider, et partagent même sa volonté de thématiser la digitalisation de l’économie. Mais ils et elles constatent : « Le LSAP a l’image d’un parti qui s’est coupé de ses racines sociales et fait trop de concessions au niveau de ses idées. » Le vice-premier s’est senti visé et a contre-attaqué dans le Tageblatt : « Si on veut sincèrement aider le parti, on écrit au parti ou on passe par les structures adéquates. Si on veut nuire au parti, on fait cela par la voie des médias. »

Pourtant, ces derniers mois, Schneider a cherché à afficher son enracinement à gauche et à se défaire de son image de « copain des patrons ». Il a notamment repris à son compte la proposition de Nicolas Schmit d’augmenter le salaire social minimum – sujet sur lequel le DP a marqué son désaccord. Mais adopter quelques revendications de l’épais catalogue du « progrès social » restera du domaine du tactique, alors qu’il se revendique visionnaire. Dans la lignée de ses déclarations sur la réduction du temps de travail, Schneider osera-t-il aller au bout de son modernisme et proposer une sorte de New Deal pour restructurer le modèle luxembourgeois ?


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