Romanek Mark: One Hour Photo

Robin Williams prouve une nouvelle fois son talent dans „One Hour Photo“, un film qui demande de la patience de la part du public.

Vous tenez l’appareil du mauvais côté, Monsieur Parrish. Robin Williams et Connie Nielsen dans „One Hour Photo“.

WILLIAMS INQUIETANT

A la recherche du bonheur parfait

La surprise du 28e festival de Deauville est venue de l’interprétation de Robin Williams qui, au travers d'“Insomnia“, qui sera bientôt à l’affiche et „One Hour Photo“, a pris tout le monde à contre-pied. Fini l’acteur au grand c´ur qui donne tout ce qu’il peut pour l’amour de son prochain. Une coupe de cheveux à la GI, un air de ranc´ur, une vie solitaire et le voilà transformé en un être bizarre et inquiétant, à tel point qu’il nous donne des frissons dans le dos. Le responsable de cette transformation n’est autre que Mark Romanek, réalisateur attitré des plus grands de la chanson pop, comme Madonna, David Bowie, Michael et Janet Jackson, ou encore Lenny Kravitz. Pour son passage au long métrage, Mark Romanek a voulu frapper fort en présentant un scénario hors du commun mais aussi un acteur différent de celui que l’on connaît et, surtout, une mise en scène loin de celle qu’il applique sur les clips vidéo.

Sy Parrish est de prime abord un homme comme tout le monde. Mais en y regardant de plus près, on se rend compte qu’il est timide et souffre de sa solitude. Il dirige depuis des années, et avec talent, le rayon „tirage express“ d’une grande surface. Ce travail est toute sa vie et la satisfaction du client son bonheur. A force de côtoyer les mêmes clients, des liens se forment; principalement avec la famille Yorkin. Pour lui, cette famille est le modèle parfait et idéal jusqu’au jour où il découvrira, lors du tirage d’une pellicule venant d’une nouvelle cliente, que Monsieur Yorkin a une maîtresse. Sy tentera alors de changer le cours du destin, mais cette décision ne sera pas sans conséquences.

La première chose qui frappe dans ce film sont les contrastes entre Sy et la famille Yorkin. Sy vit dans un petit appartement aux couleurs froides avec un mélange de gris et de brun clair, sans âme, où chaque objet possède sa place sans pour autant être vraiment bien. Même sur son lieu de travail, il est confronté à un blanc stérile, frappé d’une lumière brillante, qui donne au personnage un air d’homme effacé. Il a beau faire du travail de qualité, les clients ne le remarquent pas. En revanche, la famille Yorkin vit dans une superbe maison où la décoration apporte une ambiance chaleureuse avec comme couleurs dominantes jaune, or et rouge. Ce sont ces petites choses qui façonnent le film, bien plus que les scènes et même le fond de l’histoire qui, pourtant, ne manque pas de suspens. On peut même aller plus loin dans l’analyse des décors dans lesquels évoluent les personnages. Les trois lieux de l’action pourraient se comparer au ciel, au purgatoire et à l’enfer. La maison des Yorkin est le ciel, car elle est pour Sy le reflet du bonheur parfait. Le supermarché est un espace de loisirs et de vacuité où Sy se sent bien, car il aime ce qu’il fait. Enfin, son appartement est l’enfer, car c’est l’emblème de la plus grande solitude. Un seul coin peut y être comparé à une vue vers le paradis: celui où il colle patiemment toutes les photos de la famille Yorkin qu’il développe.

Arme à double tranchant

Plus que l’histoire, l’interprétation ou la mise en scène, ce sont les singularités autour des personnages qui donnent la force au film. Que l’on soit du côté de Sy ou de celui de la famille Yorkin, rien ne paraît vraiment parfait. Tout est illusion et tromperie comme ce tas de photos prises par les Yorkin où l’on ne voit que le bonheur, ce qui conduit Sy à se poser la question pertinente: „Pourquoi est-ce que les gens photographient toujours les beaux moments de la vie et jamais les moments tristes?“

Seulement, en construisant son film de cette manière, Mark Romanek a pris le risque de voir le public déserter la salle. Il est en effet indispensable de se laisser guider par l’histoire et de ne pas espérer à tout prix un passage à l’acte mouvementé de Sy. Autrement „One Hour Photo“ vous désarçonnera dès les premiers instants. Mieux vaut rester patient et évoluer au rythme de Sy en faisant le vide dans votre tête. Ainsi, vous profiterez pleinement de cette histoire peu commune où Robin Williams fait, une nouvelle fois, preuve de son talent.

Thibaut Demeyer


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