Pour faire passer le projet Nordstrooss, le gouvernement avait joué la carte des compensations. Coup de bluff classique dans le poker politique.

Dignes héritiers de Robi des Bois
„Les surcoĂ»ts Ă©valuĂ©s des travaux supplĂ©mentaires dĂ©passent de deux tiers les dĂ©penses du devis estimatif initial.“ C’est le constat amer du Conseil d’Etat, en ce qui concerne le dĂ©passement financier du projet de la Route du Nord. De nouveaux crĂ©dits Ă hauteur de 229 millions d’euros ont donc Ă©tĂ© votĂ©s jeudi Ă la Chambre. Sauf imprĂ©vu, le coĂ»t total pour la construction de la „Nordstrooss“ s’Ă©lèvera finalement Ă 560 millions d’euros ou presque 23 milliards de francs. Un chiffre Ă©norme, et un dĂ©passement flagrant.
Le gouvernement voit dans cette „anomalie inacceptable et contraire Ă une gestion responsable des deniers publics“ – dixit Conseil d’Etat – un problème du passĂ©. En effet, le ministre des Travaux publics, Claude Wiseler, est en train d’Ă©laborer une nouvelle procĂ©dure budgĂ©taire, plus transparente, en matière de projets de construction. Mais il ne faut pas Ă©prouver beaucoup de dĂ©fiance pour insinuer que les coĂ»ts de la liaison routière entre Luxembourg et Ettelbruck prĂ©vus initialement avaient Ă©tĂ© volontairement sous-estimĂ©s. DĂ©jĂ Ă l’Ă©poque, le montant de 15 milliards de francs prĂ©vu Ă©tait, en matière de construction routière, du jamais vu au Luxembourg.
Le doute sur l’intĂ©gritĂ© des auteurs du projet de loi Route du Nord plane aussi en matière de coĂ»ts et de compensations environnementaux. Ainsi, les dĂ©boisements et autres dĂ©gâts Ă©cologiques engendrĂ©s par la construction de la nouvelle voie rapide devaient, selon le projet initial, ĂŞtre „neutralisĂ©s“ entre autres par l’intĂ©gration de quatorze passages Ă gibier. En dĂ©posant le nouveau projet du 12 mai 2005, le gouvernement a dĂ©clarĂ© que treize de ces passages seront techniquement irrĂ©alisables. Le Conseil d’Etat ne peut que marquer son „Ă©tonnement quant Ă ces dĂ©clarations, dans la mesure oĂą ces faits ont dĂ» ĂŞtre connus par les auteurs de la loi de 1997.“ Cerise sur le gâteau: le gouvernement a proposĂ© d’utiliser les sommes ainsi „Ă©conomisĂ©es“ pour le financement de nouvelles mesures compensatoires, rendues nĂ©cessaires, elles, par les modifications du projet. On ne nous dit pas en quoi prĂ©cisĂ©ment consisteront dĂ©sormais ces compensations.
Si l’on avait encore besoin d’une illustration, l’exemple de la Nordstrooss montre que le système des compensations, loin d’ĂŞtre une tentative sĂ©rieuse et structurĂ©e de limiter les dĂ©gâts provoquĂ©s par les grands projets, ne sert qu’Ă apaiser les esprits. Et quand elles sont rĂ©ellement appliquĂ©es, elles ne font d’ailleurs que dĂ©placer le centre du conflit d’intĂ©rĂŞt entre le gouvernement et les dĂ©fenseurs de l’environnement. La nature des mesures compensatoires – reboisements, renaturalisations de cours d’eaux ou de paysages – fait qu’en fin de compte, ce sont les intĂ©rĂŞts de l’agriculture qui sont mis en avant contre ceux de l’environnement. Mais en agissant de la sorte, le gouvernement joue Ă©galement la carte du fait accompli. Le fait que les mesures compensatoires finissent par ne pas ĂŞtre rĂ©alisĂ©es, n’aura plus d’effet sur le projet lui-mĂŞme, dĂ©jĂ rĂ©alisĂ©.
C’est ce qui s’est passĂ© avec la Nordstross, c’est ce qui pourrait se rĂ©pĂ©ter pour les nouveaux projets routiers que l’Administration des Ponts et ChaussĂ©es a rĂ©ussi Ă intĂ©grer dans le concept IVL. Parmi les 29 projets qui y figurent provisoirement, c’est essentiellement la tangente ouest qui aura une grande incidence sur l’environnement. Mais apparemment, on est Ă©galement en train de prĂ©parer le terrain afin de complĂ©ter le contournement de la capitale au nord, qui n’a mĂŞme pas Ă©tĂ© retenue par le IVL.
Pendant ce temps, les travaux pour la mise en place du BTB n’avancent que lentement. Il est Ă craindre que dans ce cas le lièvre arrive au but avant la tortue, dĂ©vorant en chemin les ressources financières. Le gouvernement n’a donc en rien Ă©changĂ© le poker politique pour une approche durable de l’amĂ©nagement du territoire.

