ROUTE DU NORD: Pokerface

von | 15.07.2005

Pour faire passer le projet Nordstrooss, le gouvernement avait joué la carte des compensations. Coup de bluff classique dans le poker politique.

Dignes héritiers de Robi des Bois

„Les surcoĂ»ts Ă©valuĂ©s des travaux supplĂ©mentaires dĂ©passent de deux tiers les dĂ©penses du devis estimatif initial.“ C’est le constat amer du Conseil d’Etat, en ce qui concerne le dĂ©passement financier du projet de la Route du Nord. De nouveaux crĂ©dits Ă  hauteur de 229 millions d’euros ont donc Ă©tĂ© votĂ©s jeudi Ă  la Chambre. Sauf imprĂ©vu, le coĂ»t total pour la construction de la „Nordstrooss“ s’Ă©lèvera finalement Ă  560 millions d’euros ou presque 23 milliards de francs. Un chiffre Ă©norme, et un dĂ©passement flagrant.

Le gouvernement voit dans cette „anomalie inacceptable et contraire Ă  une gestion responsable des deniers publics“ – dixit Conseil d’Etat – un problème du passĂ©. En effet, le ministre des Travaux publics, Claude Wiseler, est en train d’Ă©laborer une nouvelle procĂ©dure budgĂ©taire, plus transparente, en matière de projets de construction. Mais il ne faut pas Ă©prouver beaucoup de dĂ©fiance pour insinuer que les coĂ»ts de la liaison routière entre Luxembourg et Ettelbruck prĂ©vus initialement avaient Ă©tĂ© volontairement sous-estimĂ©s. DĂ©jĂ  Ă  l’Ă©poque, le montant de 15 milliards de francs prĂ©vu Ă©tait, en matière de construction routière, du jamais vu au Luxembourg.

Le doute sur l’intĂ©gritĂ© des auteurs du projet de loi Route du Nord plane aussi en matière de coĂ»ts et de compensations environnementaux. Ainsi, les dĂ©boisements et autres dĂ©gâts Ă©cologiques engendrĂ©s par la construction de la nouvelle voie rapide devaient, selon le projet initial, ĂŞtre „neutralisĂ©s“ entre autres par l’intĂ©gration de quatorze passages Ă  gibier. En dĂ©posant le nouveau projet du 12 mai 2005, le gouvernement a dĂ©clarĂ© que treize de ces passages seront techniquement irrĂ©alisables. Le Conseil d’Etat ne peut que marquer son „Ă©tonnement quant Ă  ces dĂ©clarations, dans la mesure oĂą ces faits ont dĂ» ĂŞtre connus par les auteurs de la loi de 1997.“ Cerise sur le gâteau: le gouvernement a proposĂ© d’utiliser les sommes ainsi „Ă©conomisĂ©es“ pour le financement de nouvelles mesures compensatoires, rendues nĂ©cessaires, elles, par les modifications du projet. On ne nous dit pas en quoi prĂ©cisĂ©ment consisteront dĂ©sormais ces compensations.

Si l’on avait encore besoin d’une illustration, l’exemple de la Nordstrooss montre que le système des compensations, loin d’ĂŞtre une tentative sĂ©rieuse et structurĂ©e de limiter les dĂ©gâts provoquĂ©s par les grands projets, ne sert qu’Ă  apaiser les esprits. Et quand elles sont rĂ©ellement appliquĂ©es, elles ne font d’ailleurs que dĂ©placer le centre du conflit d’intĂ©rĂŞt entre le gouvernement et les dĂ©fenseurs de l’environnement. La nature des mesures compensatoires – reboisements, renaturalisations de cours d’eaux ou de paysages – fait qu’en fin de compte, ce sont les intĂ©rĂŞts de l’agriculture qui sont mis en avant contre ceux de l’environnement. Mais en agissant de la sorte, le gouvernement joue Ă©galement la carte du fait accompli. Le fait que les mesures compensatoires finissent par ne pas ĂŞtre rĂ©alisĂ©es, n’aura plus d’effet sur le projet lui-mĂŞme, dĂ©jĂ  rĂ©alisĂ©.

C’est ce qui s’est passĂ© avec la Nordstross, c’est ce qui pourrait se rĂ©pĂ©ter pour les nouveaux projets routiers que l’Administration des Ponts et ChaussĂ©es a rĂ©ussi Ă  intĂ©grer dans le concept IVL. Parmi les 29 projets qui y figurent provisoirement, c’est essentiellement la tangente ouest qui aura une grande incidence sur l’environnement. Mais apparemment, on est Ă©galement en train de prĂ©parer le terrain afin de complĂ©ter le contournement de la capitale au nord, qui n’a mĂŞme pas Ă©tĂ© retenue par le IVL.

Pendant ce temps, les travaux pour la mise en place du BTB n’avancent que lentement. Il est Ă  craindre que dans ce cas le lièvre arrive au but avant la tortue, dĂ©vorant en chemin les ressources financières. Le gouvernement n’a donc en rien Ă©changĂ© le poker politique pour une approche durable de l’amĂ©nagement du territoire.

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