RETRAITES: Chaude, la réforme !

Travailler plus longtemps ou toucher une pension moins élevée. La proposition de Mars Di Bartolomeo est moins scandaleuse qu’elle n’en a l’air. Sa réforme des retraites constitue un bon début, mais ne suffira pas pour concilier durabilité et justice sociale.

« Les principes de cette réforme sont basés sur de simples évidences. (…) Il nous faut agir, afin de consolider l’excellent système qui est le nôtre. » Le ministre de la Sécurité sociale Mars Di Bartolomeo prépare sa défense, soupçonné qu’il est de se baser sur des chiffres fantaisistes et d’être le fossoyeur de l’assurance pension luxembourgeoise. Rassurons-le. Les principes sur lesquels est basée sa réforme sont justes, et les évidences qu’il met en avant ne sont pas fausses.

Réaffirmer qu’on maintiendra le système par répartition, financé de manière tripartite et paritaire, est une bonne chose. L’idée de moduler les « ajustements » des retraites au moment précis où on choisira d’augmenter les cotisations, va également dans la bonne direction, celle de l’équité entre salariés et pensionnaires. Enfin, augmenter la part indépendante du volume cotisé dans le calcul de la pension permet de préserver les retraites modestes dans un contexte où le niveau moyen de retraite devrait diminuer.

Vice de pressoir

Ce souci de justice ne se retrouve hélas pas dans ce qui est l’innovation la plus cruciale de Di Bartolomeo : « relier la durée de la vie active à la longévité ». Ainsi, un pensionné de 2053 devra travailler trois ans de plus s’il veut obtenir le même niveau de retraite qu’aujourd’hui. Certes, entre-temps l’espérance de vie à 60 ans aura probablement augmentée de plus de quatre ans, mais pas l’espérance de vie en bonne santé (woxx 1061). Le raisonnement du ministre ne tient pas non plus compte de l’espérance de vie réduite de certaines catégories de travailleurs. Le problème n’est pas le principe d’un allongement de l’activité professionnelle, mais la manière apolitique, purement arithmétique de laquelle il est appliqué.

En analysant la contribution des différents acteurs au rééquilibrage envisagé du système de retraite en 2060, on constate que les pensionnaires porteront les deux tiers du poids. Les augmentations de cotisations, correspondant à un choix politique d’affecter une plus grande partie de la croissance au financement des retraites, ne compteront que pour un tiers. Le patronat n’a pas à se plaindre, puisqu’il contribuera seulement pour un neuvième à l’effort de rééquilibrage. Et alors que Di Bartolomeo avait promis de s’occuper de l’ensemble des vis de réglage du système, la seule vis dont la position est véritablement fixée par la réforme est celle qui comprime les retraites des pensionnés prématurés.

Il en découle un premier risque inhérent à la réforme : les mesures pour le maintien dans l’emploi des travailleurs âgés pourraient échouer, ce qui rendrait difficile un allongement généralisé de l’activité. Vu les malus prévus par la réforme, cela contribuerait à stabiliser le système, mais aux dépens du niveau de vie des concernés.

Second risque : l’hypothèse d’une croissance annuelle de trois pour cent du PIB pourrait se révéler hors de portée. Dans ce cas, le relèvement des cotisations et la modulation des ajustements, prévus pour après 2030, interviendraient plus tôt, éventuellement complétés par un surcroît de redistribution en faveur des retraites modestes. Or un tel découplage entre niveau de cotisation et niveau de pension nous rapprocherait d’un système de « pension universelle », ce qui demanderait en toute logique une augmentation de la part du financement public. A un moment où précisément, faute de rentrées fiscales, l’Etat se retrouverait face à des déficits considérables.


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