La convention entre l’Etat et l’Islam luxembourgeois pose Ă nouveau la question du financement public des cultes.
Est-ce vraiment la meilleure solution?

Le ministre de l’emploi, François Biltgen, fait son travail. En automne, il fera voter une loi qui crĂ©era sept emplois rĂ©munĂ©rĂ©s plus que correctement. Bon d’accord, cette prouesse est plutĂ´t Ă attribuer Ă un autre ministère dont il a la charge: celui des cultes. A l’instar des Ă©glises catholiques, protestantes, orthodoxes, des anglicans et des juifs, l’islam va Ă son tour, par le biais d’une loi, conclure une convention avec l’Etat. Un mufti, cinq imams et un secrĂ©taire de la shoura (l’assemblĂ©e des croyants) recevront ainsi des traitements assimilĂ©s Ă ceux de la fonction publique (C7 pour le mufti, C4 pour le secrĂ©taire et C2 pour les imams). Des dĂ©dommagements terrestres assez consĂ©quents pour ceux qui se tournent vers les cieux.
Selon Biltgen, la laĂŻ citĂ© du Luxembourg a un caractère „ouvert“, et non pas „distanciĂ©“, comme le modèle rĂ©publicain français. Celui-ci aurait d’ailleurs Ă©chouĂ© et contribuĂ© Ă la formation des communautarismes. C’est ce qui arrive, dixit Biltgen, lorsque le religieux est confinĂ© dans la sphère privĂ©e. Avouons que cette affirmation est un peu lĂ©gère. Si des tensions communautaires existent en France, elles sont bien moins dues au modèle laĂŻ c et rĂ©publicain qu’aux inĂ©galitĂ©s sociales et leur ghettoĂŻ sation. Mais il est plus facile de mettre en cause le modèle avant-gardiste de stricte sĂ©paration de l’Etat et des Ă©glises, que l’inefficacitĂ© du modèle Ă©conomique libĂ©ral. D’ailleurs, la Grande-Bretagne, l’Espagne ou les Pays-Bas n’ont pas eu besoin d’instaurer un système laĂŻ c pour avoir leur propre lot de tensions, voire d’affrontements communautaires.
Mais de quel communautarisme le ministre parle-t-il au juste? Car une chose est sĂ»re de nos jours: on ne parle pas de l’islam comme l’on parle d’autres religions. La rĂ©surgence de l’islam politique, bien plus vivace que le militantisme politique des autres religions, pose Ă©videmment problème. En insistant sur l’origine balkanique de la majoritĂ© des musulman-e-s rĂ©sidents au Luxembourg et donc de leur „traditions europĂ©ennes“, Biltgen a pris conscience de l’islamophobie et de l’arabophobie latente d’une frange de la population. Ce genre d’argument est d’une grande maladresse. Que sous-entend-il ainsi? Qu’un musulman kosovar serait plus civilisĂ© et moins enclin Ă la violence qu’un musulman arabe? Et quelles sont-elles ces „traditions europĂ©ennes“? Les droits de l’homme ou les gĂ©nocides? Les Lumières ou l’inquisition?
Ainsi, le système de conventionnement des grandes religions serait un gage de meilleure intĂ©gration des communautĂ©s religieuses dans la sociĂ©tĂ© civile. Cet argument n’a pourtant jamais Ă©tĂ© posĂ© lors du conventionnement des anglicans, par exemple. D’ailleurs, les 8 Ă 10.000 musulmans vivant au Luxembourg ne se promènent pas dans les rues une kalachnikov Ă la main. Et ce, indiffĂ©remment que leur culte, pour autant qu’ils soient tous croyants, soit officiellement reconnu par l’Etat ou non. Par contre, l’infime minoritĂ© qui rĂŞve d’instaurer un khalifat europĂ©en n’a que faire qu’un gouvernement d’hĂ©rĂ©tiques chrĂ©tiens les reconnaisse ou les subventionne.
En fait, ce qui importe, c’est surtout qu’une communautĂ© religieuse ou nationale ne se sente pas sciemment discriminĂ©e par rapport Ă d’autres. Evidemment, si les prĂŞtres catholiques ou les rabbins peuvent jouir de la manne des contribuables (puisqu’ils attendent en vain la manne divine qui ne vient pas – comme c’est Ă©trange), pourquoi pas les imams? Mais le traitement Ă©galitaire des religions pourrait ĂŞtre vu sous un autre angle: l’Etat ne donne rien et les communautĂ©s religieuses s’autofinancent. Après tout, pourquoi maintenir en vie artificiellement une religion qui ne trouve plus assez de fidèles pour payer l’aumĂ´ne? Cette solution n’aggraverait certainement en rien les tensions communautaires, mais serait bien plus Ă©conomique et respectueuse des contribuables athĂ©es du Luxembourg, dont certains sont certainement las de financer toutes sortes de cultes.

