Électricité verte (2/3) : pour quoi faire ?

von | 21.02.2018

Après avoir présenté leur classement de l’électricité verte, nous analysons la démarche de Greenpeace et du Mouvement écologique en la matière.

Utiliser le pouvoir des consommatrices et consommateurs pour favoriser les énergies renouvelables, profiter de la libéralisation pour briser le monopole des grandes compagnies fossiles – voilà le rêve de nombreux écologistes à la fin des années 1990, quand l’UE a commencé à libéraliser le marché de l’électricité. Un rêve que continuent à caresser Greenpeace et le Mouvement écologique quand ils recommandent d’acheter tel type d’électricité plutôt que tel autre (voir l’article précédent).

Tout le monde il est vert

Les ONG relèvent que la part d’énergie renouvelable a fortement augmenté depuis leur premier classement « électricité verte » en 2007. Et affirment : « Cela est dû au fait que, d’une part, de plus en plus de clients privés sont disposés à acheter de l’électricité à base d’énergies renouvelables, même s’ils doivent payer éventuellement un prix plus élevé, et que, d’autre part, certains fournisseurs ne proposent plus que de l’électricité verte à leur clientèle. »

En vérité, aucun ménage au Luxembourg n’a, depuis 2011, choisi de passer de l’énergie fossile aux énergies renouvelables. L’explication est simple : l’ensemble des fournisseurs sur le marché des ménages ne propose plus que du courant à base d’énergies renouvelables.

Fukushima, tout change

C’est d’ailleurs la décision d’Enovos, à la suite de la catastrophe de Fukushima, de passer au 100 pour cent renouvelable, qui a entraîné une restructuration massive du marché de l’électricité luxembourgeois. Certes, Enovos, comme ses concurrents, continue à s’approvisionner en courant un peu n’importe où. Mais selon les règles de l’Union européenne, acceptées par la plupart des ONG écologistes, il suffit d’acheter en plus des certificats de production verte pour pouvoir affirmer que l’électricité provient de sources renouvelables.

Depuis cette « révolution verte » de 2011, les proportions d’énergies fossiles et d’énergies renouvelables ont peu changé au sein du mix national d’électricité. Si celui-ci contient toujours 45 pour cent de courant « sale », dont dix pour cent de nucléaire et dix pour cent de charbon, ce n’est pas la faute aux ménages, mais provient des ventes aux PME et à l’industrie (détails : voir Ökostrom-Angebote in Luxemburg: Whole lotta green?). Enovos vend aussi ce type d’électricité, mais affirmait jusqu’en 2015 que la vente de nucléaire ne se faisait que vers l’étranger (voir l’article précédent). Les dix pour cent de nucléaire sont donc à comptabiliser sur d’autres fournisseurs, qui ne travaillent qu’avec les PME et l’industrie, notamment ArcelorMittal Energy SCA.

Consommez, y’a rien à voir

Pour chasser le nucléaire et le charbon du mix national, inutile donc de faire appel aux ménages. Par contre, leur choix n’est pas indifférent quand il s’agit de soutenir le développement des énergies renouvelables. Pour qu’une offre d’électricité « verte » soit recommandable aux yeux de Greenpeace et du Mouvement écologique, celle-ci doit inciter à investir régulièrement dans de nouvelles unités de production ou dans le « repowering » de celles-ci. C’est la raison pour laquelle les ONG continuent à publier ce classement des offres d’électricité.

Reste que le succès du passage aux énergies renouvelables en 2011 rend d’autant plus difficile la tâche d’expliquer aux consommatrices et aux consommateurs que cela vaut la peine de dépenser plus pour un produit « plus vert que vert ». Y a-t-il d’autres tâches plus urgentes en la matière ? Un troisième et dernier article cherche à répondre à cette question.

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