Coronavirus de Wuhan : Maladies planétaires

Les réactions inappropriées – individuelles et collectives – à la nouvelle épidémie révèlent une humanité désemparée face aux défis de la mondialisation.

Wikimedia ; Pharexia ; CC BY-SA 4.0

« Je ne suis pas un virus ! » Le slogan semble avoir vu le jour en France, sous forme de hashtag, suite à la une du « Courrier picard » montrant une Chinoise portant un masque de protection et titrant : « Coronavirus chinois. Alerte jaune ». Jeu de mot inspiré ? Guère, car la dénomination « jaune » pour des personnes d’origine asiatique est à considérer comme injurieuse. Qu’on insulte ces personnes, en plus de leur attribuer en bloc la responsabilité de la nouvelle épidémie, ce n’est clairement pas drôle. Moins injurieuses, mais guère mieux inspirées : le « Spiegel » a pondu une couverture « Made in China », et le « Jyllands-Posten » danois a publié une caricature du drapeau chinois avec des virus à la place des étoiles.

Au-delà du « pas drôle », ce sont les témoignages du racisme quotidien qui ont été affublés de ce hashtag, traduit dans d’autres langues. Des remarques désobligeantes envers des personnes au look asiatique dans la rue, des refus d’accès à des cours ou à des cafés, voire des cas de violence physique ont été rapportés. Dans l’hebdomadaire « Die Zeit », une journaliste chinoise y voit la résurgence d’une attitude archaïque : « La peur et l’ignorance peuvent inspirer du jour au lendemain une hostilité envers les autres, celles et ceux qu’on considère comme appartenant à un certain groupe, une ethnie, une nation. »

L’auteure met cependant en garde : s’il convient de dénoncer les tendances au « tribalisme » sur le plan politique, accuser dans une situation concrète de racisme des personnes qui évitent le contact avec des Chinois-es risque d’être contre-productif. Dans la mesure où, dans la plupart des cas, cette attitude est fondée sur la peur, mieux vaut informer sur les risques réels et, le cas échéant, les manières de se protéger. Surtout, cet article du « Zeit » rappelle que la population chinoise elle-même est loin de se comporter de manière exemplaire envers les personnes issues de la région de Wuhan, régulièrement stigmatisées et malmenées.

Ce n’est pas tout. Certes, les communiqués chinois officiels célèbrent « l’endiguement scientifique et les politiques ciblées » menées par le Parti communiste. Mais en regardant de plus près les débuts de l’infection, on constate que les autorités locales – soucieuses de leur réputation – ont hésité à prendre des mesures préventives et à informer le public. « Le même système politique qui a permis à Pékin de mettre en place une réaction tranchante à la crise a initialement conduit à laisser le virus se répandre », commente le « Guardian ». Et le même gouvernement qui a mis la pression sur la Suède, suite à l’attribution du Nobel de littérature à un dissident, est peu convaincant quand il se plaint des « attitudes antichinoises » citées en début d’article.

Les mesures draconiennes ont entraîné des excès parfois dramatiques.

Les mesures draconiennes prises ces dernières semaines ont entraîné des excès parfois dramatiques, comme ce cas d’un jeune handicapé mort parce qu’abandonné, après que ses parents avaient été mis en quarantaine. Les vidéos de maisons de familles infectées, dont les policiers barricadent les portes, autant que l’idée d’un état de siège imposé à dix millions de Wuhanais-es laissent songeur. En saturant les hôpitaux locaux et en entravant l’approvisionnement en nourriture, cette dernière mesure risque même de créer des conditions favorables à une intensification de l’épidémie.

Là encore, on peut renvoyer la balle dans le camp occidental : l’Australie a décidé de soumettre les citoyen-ne-s évacué-e-s de Wuhan à une quarantaine… sur Christmas Island, à 1.500 kilomètres du continent, là où le pays interne aussi des demandeurs-euses d’asile. Plus généralement, les restrictions brusques imposées aux flux planétaires risquent de toucher de manière brutale les populations vulnérables dépendant de cette mondialisation. Et mettent en danger les acquis humains de celle-ci – l’idée du « global village » – sans forcément réduire, à terme, ses effets économiques néfastes.

En fait, raisonner, comme nous l’avons fait, en termes de Chine, d’Asie ou d’Occident n’est plus à la hauteur de défis planétaires comme le changement climatique, la biodiversité et les épidémies nouvelles. Car il ne s’agit plus de protéger tel pays, tel écosystème et telle nation, mais bien de sauver la planète, la biosphère et l’espèce humaine.


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