Dans les salles : The Father

Avec son Oscar (prévisible) pour Anthony Hopkins, mais aussi une deuxième statuette pour le meilleur scénario adapté, « The Father » arrive dans les salles luxembourgeoises avec l’élan positif des récompenses prestigieuses. Le film est-il à la hauteur des attentes ? Plus ou moins.

Des sourires avant la tempête. (Photo : Sean Gleason/Orange Studio)

« The Father » débarque précédé de son anecdote croustillante : le dramaturge Florian Zeller ne voulait qu’Anthony Hopkins pour en jouer le personnage principal. Tant qu’à réaliser son premier film, l’auteur français actuellement le plus représenté sur les scènes internationales souhaitait viser au plus haut. Une ambition qui a payé, puisque l’acteur américano-britannique a fini par accepter et que des dates ont été trouvées dans son planning, toujours chargé pour un octogénaire.

Il faut dire que le rôle d’Anthony (le prénom du personnage a été changé pour correspondre à celui de son interprète) est du pain bénit pour tout comédien : interpréter une personne atteinte de démence sénile permet de proposer toute une palette d’émotions, voire de sauter de l’une à l’autre en un instant. Bref, de faire étalage de la quasi-entièreté de ses capacités. Et sir Anthony excelle dans cet exercice, il faut bien l’admettre. D’une politesse exquise à la fureur la plus vive, en passant par le découragement morbide, il accapare l’écran, valorisé par le jeu en retenue du reste de la distribution, avec notamment une Olivia Colman très juste. L’équilibre des jeux est pour beaucoup dans le plaisir qu’on peut ressentir à la vision du film.

Est-ce à dire que « The Father » est un authentique chef-d’œuvre, comme on a pu le lire çà et là ? N’exagérons pas. Si Florian Zeller, pour un premier film, maîtrise bien son sujet – sa pièce a été adaptée en scénario avec le vétéran des scènes et des écrans Christopher Hampton, gage de qualité –, il force sa distanciation du théâtre filmé en multipliant les plans pas forcément utiles, au vu de la puissance des dialogues. D’autre part, la construction formelle du film est souvent très, trop intellectuelle. À force de vouloir faire cogiter, on passe parfois à côté de l’émotion. Le mélange constant entre délire et réalité, qui montre à l’écran des situations et des personnages fantasmés par le protagoniste sans véritable point de repère, peut finir par faire perdre le fil au public. On rétorquera qu’il s’agit de provoquer dans les têtes des spectateurs et spectatrices la même confusion que celle d’Anthony. Certes, mais on ne peut s’empêcher parfois de se sentir manipulé, voire agacé par le procédé, qui résiste mal à la durée et à la répétition. Florian Zeller martèle son propos plutôt qu’il ne le délivre avec subtilité. En fait, plus que la démence qui s’empare du vieil homme, ce sont les moments de partage et de conflit avec sa fille qui composent les meilleures scènes. Finalement, reste une impression de distance provoquée par une réalisation trop ostentatoire, parce qu’il était nécessaire de ne surtout pas trop rappeler le théâtre.

C’est donc dans la performance de Hopkins et celle d’Olivia Colman, adéquat contrepoint, qu’il faut aller chercher l’intérêt de « The Father ». Évidemment, on l’a vu, le rôle principal se prête à la démonstration. Encore fallait-il être à la hauteur, et c’est ici le cas, Oscar à la clé. Mais il ne faudrait pas ériger le film en sommet du septième art : la récente période de disette cinématographique et la renommée du dramaturge participent très certainement à un phénomène de cercle vertueux qui va au-delà de ses qualités.

Dans la plupart des salles. Tous les horaires sur le site.

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