CINEMA: Amour et Loterie

„Combien tu m’aimes?“: „Beaucoup“ semble répondre Bertrand Blier à Monica Bellucci, l’attraction principale de son dernier film.

Elle a fait perdre la tête au réalisateur, comme aux acteurs: Monica Bellucci dans „Combien tu m’aimes?“

Daniella (Monica Bellucci), prostituée à Pigalle de son état, a le chic d’envoûter chaque homme qui prend la peine de s’arrêter devant sa vitrine éclairée de néons rouges. Subjuguer est son métier, le reste est accessoire. Lorsque François (magnifique: Bernard Campan), que l’on pourrait surnommer François Moyen tant il incarne le stéréotype du français de base: ni beau, ni carrément laid, s’arrête devant elle, il n’échappe pas à son destin. Il prétend avoir remporté une très grosse cagnotte au Loto – ce qui a le don de le rendre très intéressant aux yeux de la belle prostituée. François propose 100.000 euros par mois à Daniella pour vivre simplement à ses côtés. Elle accepte d’entrer dans la vie de ce petit employé de bureau et devient une femme au foyer presque modèle. Pensez-vous à un remake français de „Pretty Woman“? C’est sans compter sur le style Blier, qui profite de l’occasion pour nous offrir une galerie de personnages aux dialogues savoureux. Le meilleur ami (Jean-Pierre Daroussin) inquiet pour le c´ur fragile de François, alors que c’est au sien qu’il devrait songer, les collègues trop envahissants (dont un Edouard Bear, sublime en looser magnifique), Depardieu, l’odieux mac qui refuse de laisser partir sa belle sans dédommagement et la voisine, gênée par les orgasmes bruyants de l’improbable couple.

Avec „Combien tu m’aimes“, Bertrand Blier ne propose pas un scénario, mais une actrice: Monica Bellucci. Son film lui est entièrement dédié et cela se sent dès les premières images. „Le grand point de départ était mon envie de faire un film avec Monica. Difficile de ne pas adorer une femme comme elle au cinéma. Je suis en déclaration d’amour absolu à travers le personnage de Bernard Campan“. C’est après „Irréversible“ de Gaspar Noé, que le projet a vu le jour; „Dans l’histoire du cinéma, je n’avais jamais vu ça, même Marilyn Monroe n’avait jamais joué ça. Je ne compare pas les talents d’actrice, mais l’audace, la liberté de mouvements, le corps, l’explosion – tout en restant habillée. Alors, je me suis dit: C’est pour moi, c’est pour ça que je fais du cinéma.“ Pour un film consacré à l’objet du désir des hommes, il s’avère que Monica Bellucci n’a pas grand-chose à faire si ce n’est d’être, tout simplement.

Elle se montre visiblement beaucoup plus à l’aise lorsqu’elle troque sa robe de Marie-Madeleine – portée dans la „Passion du Christ“ du pieux Mel Gibson – pour les multiples déshabillés d’une femme absolue et diablement désirée et seuls les jaloux-ses pourraient le lui reprocher. L’actrice italienne illumine de ces formes cette comédie misogyne où les putes sont d’agréables femmes au foyer, „comme dans beaucoup de ménages“ et où les hommes – même Depardieu – sont désarmés face à tant de beauté. „Une femme qui demande gentiment à un homme de l’aimer, il est d’accord. Presque toujours. Et même si cette femme est confrontée à sa gaucherie, à sa timidité, à ses complexes, elle est un danger absolu pour l’homme si elle lui dit: „J’ai envie de toi, prends-moi.“ A 80 %, l’homme est battu d’avance!“, soutient Bertrand Blier. On savoure les dialogues parfois cyniques et faussement décalés mais aussi, emprunts d’une vraie sincérité lorsque Daroussin, chantre de l’amour malheureux, parle à la femme aimée „avec des yeux qui savent dire merci et une bouche qui de temps en temps lâche un sourire“

De la détresse sentimentale à l’italienne, soutenue par des airs d’opéras, mais du Blier pur jus, dans la bouche de son acteur fétiche, Depardieu: „Une femme comme ça, on monte dessus tout le temps.“ Sacrée Monica!


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