RON HOWARD: Rien à décoder

Des millions de lecteurs dans les transports publics l’ont attendu avec impatience. Pourtant la version filmée du roman à succès „The Da Vinci Code“ est plus ridicule qu’angoissante.

Circulez! Il n’y a rien à voir! Même s’il faut admettre que les lumières sont assez mystérieuses …

La Croisette était en ébullition à l’occasion de la projection du dernier film de Ron Howard, tiré du célèbre bestseller „The Da Vinci Code“ de Dan Brown. Le plus grand mystère entourait le film et c’est dans l’expectative que les journalistes assistant à cette séance destinée à la presse ont pris place dans la salle de projection. On soupçonnait d’emblée le coup du pétard mouillé, une tentative de cacher un navet derrière le secret absolu avant la sortie officielle du film. Des suppositions largement confirmées après la projection. Silence glacial à la fin, sarcasmes et ricanements pendant les scènes à caractère dramatique.

Pour ceux qui ne font pas partie des 46 millions de lecteurs qui ont acheté le roman, un petit résumé de l’intrigue s’impose: une nuit, le professeur Robert Langdon, éminent spécialiste de l’étude des symboles, est appelé d’urgence au Louvre: le conservateur du musée, le professeur Saunière (Jean-Pierre Marielle) a été assassiné, mais avant de mourir, il a laissé de mystérieuses inscriptions … Avec l’aide de la petite-fille de Saunière, la cryptologue Sophie Neveu, Langdon se retrouve sur les traces d’un secret pouvant ébranler les fondements de l’Eglise catholique Ù Rien que cela !

Ron Howard nous propose un long métrage à la limite du ridicule, donnant vie de manière trop littérale à un roman qui, si on ne peut contester son intérêt purement policier, est néanmoins truffé d’incohérences. Le réalisateur ne devrait cependant pas trop s’inquiéter de l’avenir commercial de son film. Même s’il ne fera vraisemblablement pas partie du ghota des nominés aux oscars, le succès du roman, l’aura sulfureuse qui colle à son sujet ainsi que la publicité autour du prétendu plagiat ne manqueront pas d’attirer les curieux dans les salles obscures. Bon calcul, mais il faudra regagner un peu de crédibilité après. Pour Ron Howard en première ligne, mais aussi pour Tom Hanks, terriblement compassé dans son interprétation du scientifique Robert Langdon. Jean Réno, l’autre tête d’affiche du film, ne se dépêtre pas mieux de son rôle du commissaire Fache. Seuls les seconds rôles parviennent à tirer passablement leur épingle du jeu et Audrey Tautou offre sa luminosité naturelle à une Sophie Neveu étonnament peu surprise lorsque Langdon lui annonce qu’elle est une descendante directe de Jésus Christ. Un effet dramatique qui passait nettement mieux dans le roman.

Ian Mc Kellen, le Gandalf du Seigneur des Anneaux, campe un Sir Leigh Teabing crédible, surtout lorsque Ron Howard s’offre le luxe de s’écarter un tantinet de la trame du roman. Car c’est bien là que réside tout l’échec de cette superproduction à 125 millions de dollars. Howard n’a pas su prendre assez de liberté avec le livre de Brown et si ce qui peut être dilué à l’écrit doit être plus concis au cinéma, les ficelles n’en sont que plus apparentes. Bien qu’il prouve une fois de plus qu’il sait comment utiliser une caméra, la scène d’ouverture au Louvre en témoigne, il ne parvient manifestement pas à faire sonner juste ses personnages, tout particulièrement quand ils s’expriment en Français.

L’Eglise aurait fait mieux d’éviter le tollé, la descendance de Jésus n’est pas prête de refaire parler d’elle!


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