Exposition collective : L’image, autrement


Depuis 2002, les relations entre le Luxembourg et l’Autriche se développent sur le plan artistique grâce aux expositions « Salzburg-Luxembourg » organisées par les deux villes. Des rendez-vous qui mettent en avant des artistes contemporains des deux pays. La quatrième édition vient d’ouvrir ses portes au Cercle Cité… et à Salzbourg, avec vingt-six œuvres exposées simultanément dans les deux villes.

Trois invitations côté luxembourgeois, deux côté autrichien. L’équilibre est une nouvelle fois respecté, pour ce qui devient un rendez-vous régulier des amateurs d’art contemporain. Une rencontre faite d’images, fixes ou animées, dans des exercices souvent déstabilisants pour le regard.

Pour sa quatrième édition, « Salzburg-Luxembourg » expose les vidéastes allemands M+M, dont les œuvres ont été repérées dans le monde entier, notamment leur série « 7 Tage », aperçue au Casino de Luxembourg en 2015. M+M, c’est le duo composé par Marc Weis et Martin De Mattia, qui aiment à triturer des classiques du cinéma pour les montrer sous un nouveau jour, oppressant, dans des installations qui marquent le spectateur. Ici, « Witz » est un assemblage des images de deux courts métrages qui se précise quand on se rapproche de l’œuvre et ouvre toutes les possibilités du montage… et du remontage d’un film.

Autre duo de vidéastes et photographes au programme, le Belge David Brognon et la Luxembourgeoise Stéphanie Rollin. Eux s’inspirent de la réalité, avec des films lumineux qui auscultent le monde tel qu’il est. Les crises des territoires, la perte des repères nationaux sont au cœur de leur travail de réalisateurs, pris sur le vif, entre Californie, Palestine et France. Trois images fixes extraites de leurs œuvres vidéo montrent un monde frénétique.

Plus proche, le photographe Éric Chenal, connu pour collaborer à de nombreux magazines luxembourgeois, complète le trio d’artistes de la Grande Région. Ses clichés aiment à s’attarder sur le détail en jouant avec le cadre et la lumière. Portraits ou architectures sont ainsi redécouverts sous un angle nouveau, dans des œuvres d’une grande limpidité. Au Cercle Cité, ce sont cinq images qu’il offre à regarder. Ensemble, elles en forment une sixième, intrigante.

Si tous ces artistes ont déjà eu les honneurs des galeries luxembourgeoises, leurs homologues autrichiens seront pour beaucoup des découvertes. La jeune et prolifique Julia Rohn a ainsi été sélectionnée par la galerie Kunst im Traklhaus de Salzbourg et l’ambassade d’Autriche au grand-duché pour représenter son pays. Photographe et vidéaste, elle expose une installation faite de torchons colorés, illustration d’un monde sale et jetable. Une de ses vidéos, « Desperately Trying to Be Antique », la transforme en statue de marbre posée dans la campagne romaine. Quand l’éternité devient éphémère.

Sa compatriote Antoinette Zwirchmayr déstabilise aussi, avec une sculpture en forme de feuille… réalisée avec de la peau humaine. Ses trois photographies « Mutter, liebe Mutter » élèvent la relation mère-fille dans une forme de transcendance religieuse. Enfin, un film synthétise peut-être au mieux son art. Dans « Venus Delta », elle s’interroge sur le genre et plus particulièrement la place de la femme dans la société.

De ce voyage entre Luxembourg et Salzbourg, on ressort déstabilisé, tant ces regards sur le monde savent être particuliers. Des points de vue qui s’affrontent mais qui se rejoignent pour signifier leurs intimes évidences.

Au Cercle Cité, jusqu’au 16 avril.

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